Je suis ce que je fais

2mainspommePhotographie de Nguyen Thanh Thiên © 2016

Conférence de Nguyen Thanh Thiên du 9 février 2017 à Saint-Brice sous Forêt

Sujet : Rechercher par le corps
Extrait 2 :

Les corps d’aujourd’hui sont devenus assez homogènes. Quand j’étais petit, dans les années 60-70, on voyait des corps de maçon, de terrassier, de charpentier. On reconnaissait le paysan, le clerc, l’ouvrier. Le métier transformait l’homme. Ceci a disparu avec le développement des machine-outils. Cependant, je repère aujourd’hui le judoka, le karateka ou l’aïkidoka à sa tenue, à sa manière de marcher, de porter ses bras. À regarder un pratiquant, on peut même deviner son enseignant. Le corps est à la fois un un champ d’expérimentation, un outil d’étude, un conservatoire, un moyen de transmission et un laboratoire de recherche.

La leçon comme une vague silencieuse

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Le matin alors que je vais pratiquer, une demi-lune passe sur le sommet du Pic d’Aret. Ce stage d’hiver, il y avait des élèves de Tarbes et de Pau, des pratiquants de karate. Nous avons d’abord travaillé la marche spécifique à Musashi, puis la saisie du sabre et la première technique, Sassen. Seulement plus tard, nous avons abordé les 7 premiers seiho. Enfin, nous les avons exécuté par paires.

Cinq heures ont passé qui furent bien remplies. Il faut être sérieux. Mes élèves sont enthousiastes. Nous sommes patients. Nous sommes sereins quant à la venue des progrès. Le temps œuvre pour l’enseignement. La montagne, une vague de pierre qui se lève et passe la perception des hommes, nous offre son exemple. La leçon de Musashi avance avec l’avancée des élèves et gagne les terres du Sud-Ouest. La lune veille sur le dojo, même en plein jour.

Rechercher par le corps 1

DSC_0917Photographie de Nguye Thanh Khiêt © 2017

Conférence de Nguyen Thanh Thiên du 9 février 2017 à Saint-Brice sous Forêt

Sujet : Rechercher par le corps
Extrait 1 :

Nous allons partir de l’actualité. Après le dernier Vendées-Globe, le vainqueur dit lors d’un interview que s’il avait été adversaire pendant la course, il garderait cependant le contact avec celui arrivé second car « nous avons vécu des choses ensemble que nous sommes seuls à partager ». Ces paroles disent bien qu’il y a une connaissance par le vécu qui reste de l’ordre de l’incommunicable. Il faut l’avoir vécu pour comprendre et l’avoir vécu ensemble pour le comprendre ensemble. Ce vécu apporte une connaissance qui requiert la présence du corps et de l’esprit. Il ne s’agit pas d’une connaissance que l’on peut approcher par l’esprit seulement. On ne peut y parvenir par une lecture, une audition ou même une vision. Les bouddhistes tibétains disent que les dieux comme les hommes ont reçu l’enseignement du Bouddha mais que les hommes ont ceci sur les dieux qu’ils possèdent un corps pour apprendre, et vivre la leçon. Le talmud énonce qu’il y a 2 arbres au Paradis, l’arbre de vie et l’arbre de la connaissance et qu’on ne comprend réellement que si on a vécu la leçon. Pour les arts martiaux, on ne comprend la leçon que si on sait faire la technique, que si on l’a pénétrée, que si elle nous a pénétrés. Pour pénétrer la leçon, il faut 3 ans de travail assidu. Pour être pénétré par la leçon, il faut 30 ans. Quand je voyage, je ne prends que mes habits et des instruments, sabre ou bâton. Je n’emporte pas de livre ni de manuel. Je dois avoir assez étudié pour que l’enseignement sorte de mes gestes, inconsciemment et consciemment. Le corps d’un enseignant d’arts martiaux est devenu une manière de bibliothèque.

Stage kenjutsu 5 mars : Tora Buri, Aïsen et Migi Waki Kamae

DSC_9686Le stage mensuel nous fait pénétrer en profondeur dans l’exploration des formes et de l’énergie. Photographie Nguyen Thanh Khiet © 2016

  • Tora Buri Itto seiho
  • Aïsen Kodachi seiho
  • Migi Waki Kamae Nito seiho

Date : 5 février 2017
Horaire : 15h30-19h30
Lieu : COSEC 29 rue des 2 piliers
95350 Saint-Brice-sous-Forêt
Page du dojo

Bulletin d’inscription ci-dessous (obligatoire)

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La Voie du Cœur

DSC_0875Photographie de Nguyen Thanh Khiêt © 2017

Préambule à la 1ère conférence, Saint-Brice 12 janvier 2017

J’ai ressenti une urgence à présenter la Voie du Sabre à l’automne 2016. L’été dernier, nous faisions un stage dans la montagne et, entre épicéa et bruyère, nous avons appris l’attentat du 14 juillet à Nice. J’ai compris à ce moment qu’il me fallait sortir du bois, et redescendre des hauteurs de l’étude pour dire la vérité des arts martiaux, celle d’un apprentissage, d’un passage par le feu de la violence incontrôlée et d’une navigation vers une terre de paix qui serait la sortie de la violence. Lire la suite

Vue depuis le Refuge de Viados

08.2005 059Passez la frontière et découvrez une autre montagne. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2005

Depuis nos villes, nos rues, nos bureaux, il est difficile d’envisager la richesse qui nous entoure, qui nous habite, qui se révèle à notre regard. Voir le seiho comme une succession d’efforts, de compréhensions, depuis notre début, depuis les premiers maîtres, depuis Musashi lui-même. Il nous faut apprendre à voir et à pratiquer par strates. Il nous faut saisir la richesse d’une pratique qui dépose chaque jour une lumière nouvelle.

Le Yama Keiko est un moment où nous nous immergeons dans les forces vives de la nature. En 2017, nous fêterons le 10ème Yama keiko. Ce rendez-vous annuel dans les montagnes des Pyrénées sera complété cette année par un Musashi Trek.

Pas le temps !

Mes élèves ne critiquent pas. S’ils le faisaient, alors ils ne suivraient pas mon enseignement. Le temps passé à la critique d’autrui est un temps perdu. Il est perdu pour sa propre progression, il l’est doublement car il faudra écouter la réponse et absorber la contre attaque, il faudra aussi apaiser les tensions nées de la mésentente. Tout cela pour ne pas faire keiko !

Celui qui a le keiko en tête, celui qui s’essaie au Tanren, celui qui suit l’exemple de son maître, aucun de ceux-là n’ose proférer une mauvaise parole ou même un début de critique de peur de perdre du temps ailleurs qu’au keiko.

J’ai déjà vu des personnes qui me critiquaient assis sur le côté du dojo à se reposer pendant que je faisais keiko jusqu’à la dernière minute du stage. L’exemple que je donne est celui du keiko. L’exemple que j’ai reçu est celui du keiko. En dehors du keiko, je me repose et je me fais des amis. Soyons précis, je les choisis !

Puis, je retourne au keiko.

Dans la ripisylve, l’esprit des bois

DSCF7641Christine N. au 7e Yama Keiko. Photographie de Nguyen Thanh Thien © 2016

Iwami soke répondait à certaines questions sur la Hyoho Niten Ichi Ryu par :

Venez découvrir nos montagnes, nos forêts, nos rivières.

Le sabre de Musashi est lié aux éléments, d’où le titre de son ouvrage majeur, Gorin no Sho ou le Traités des Cinq Roues en référence au cinq éléments : la terre, l’eau, le feu, le vent et le vide. Nous aimons étudier le kenjutsu de Musashi au plus fort de la Nature.