Dernières Nouvelles du Dojo, Sept. 2017

La vie du dojo est intense et dépasse souvent ce que l’élève perçoit en cours. Pour enrichir votre expérience de notre école d’arts martiaux, sur une base mensuelle qui évoluera sans doute, je vous enverrai des nouvelles et des liens vers de nouveaux posts ou vers des archives. Inscrivez-vous ! (en bas de post)

Sur les arts martiaux pour les enfants

Enseigner les arts martiaux aux enfants a toujours été pour moi un enjeu essentiel. Lorsque je suis arrivé en France en 1970, quittant le Vietnam embourbé dans une guerre de 30 ans, le dojo a représenté pour moi à la fois un espace de nostalgie où l’on préservait les belles manières d’antan, celles des chevaliers justiciers des épopées annamites qui tissaient mes rêves de leurs prouesses, et, dans le même temps, un aiguisement de mes capacités d’action dans un monde … >>> Lire la suite

Une évolution à partir du maître

L’évolution de Noro Masamichi senseï, une tentative d’analyse 1ère partie

Il est dans la norme que le maître ne soit pas compris par ses élèves. Il est évident que le disciple doit encore parcourir un grand chemin pour saisir l’esprit de son maître. Le public étranger à cet art exotique ne perçoit pas facilement la logique du cheminement de ce maître. D’ailleurs, les pratiquants d’Aïkido eux-mêmes sont perplexes devant cette évolution. Pour ma part, j’ai toujours été tenté par la compréhension. Je crois à l’unité de sa démarche, à la fidélité… >>>Lire la suite

Du peu et de l’essentiel

Extrait d’une série de conférences sur le sabre, art de paix civile et de paix intérieure

Dans le peu qu’on lui donne, l’élève doit chercher le reste car on lui dévoile dès le premier cours l’essentiel. Il n’y a plus alors de place pour la plainte, l’insatisfaction, le retour en magasin. L’élève doit se contenter de peu car ce peu est fait de l’essentiel. Avec sagacité, il peut à ce moment reconnaître… >>>Lire la suite

First creation

Today, I wish to walk the balanced path, the manner which goes beyond boundaries without ever leaving the center. This Uke no Kata is a mile stone in the… >>>Lire la suite

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Qu’étudiez-vous chaque jour ?

Dans le peu qu’on lui donne, l’élève doit chercher le reste car on lui dévoile dès le premier cours l’essentiel. Il n’y a plus alors de place pour la plainte, l’insatisfaction, le retour en magasin. L’élève doit se contenter de peu car ce peu est fait de l’essentiel. Avec sagacité, il peut à ce moment reconnaître dans le fruit la promesse de l’arbre.

J’ai toujours été reconnaissant à mes maîtres pour le peu qu’il me donnaient. Parfois, ils me donnaient plus mais comme j’avais peu de temps pour tout étudier, je revenais rapidement à l’élémentaire, à la graine que j’examinais avant d’aborder la plante. La plante était pour moi du domaine de l’application, la graine celui de l’étude fondamentale.

Dans mon école de sabre, je reviens à Sassen. Ce fut la réponse à la question que posa Maître Ricard Pous-Cuberes à un maître de 80 ans : « Qu’étudiez-vous chaque jour ? » Le vieux maître de murmurer : « Sassen. »

Me contentant de peu, je suis plein de gratitude. Je n’ai pas besoin de calomnier les maîtres, les enseignants de seconde génération, les intermédiaires multiples. J’ai reçu un peu, un rien, juste le nécessaire. J’ai goûté au « Cela n’étant pas, ceci n’est pas. » Je n’ai pas besoin d’aller jusqu’à la condition suffisante : « Cela étant, ceci est. »

Je crois que le chemin vers la maîtrise passe par le nécessaire. Le chemin du consommateur, ce choix qui n’est pas le mien, réclame le suffisant, la recette miracle, l’imposition de main du maître charismatique. Pour moi, sur mon chemin, rien ne garantit que la leçon soit comprise, entendue, clairement perçue. À celle ou celui qui suit cette voie, il ne reste que le cheminement, l’effort de l’ascension, la possibilité d’une chute. Cependant, si j’agis ainsi, c’est parce que mes maîtres ont parcouru cette manière avant moi et qu’ils ont témoigné qu’elle mène à bon port, et puis parce que je ne suis pas consommateur, que je suis étudiant, que je tends vers les hauteurs.

Je vais vers l’exigence et je fuis la réclame.

Do contre jo, jo avec do

Dans « dojo », il y a une contradiction qu’il faut dépasser, do voie et jo maison, entre manière éphémère d’un maître et style persistant d’une école. Il se crée alors une dialecte féconde entre ces opposés, un dépassement incessant devant la limite, un retour sans fin vers l’origine.

Écouter avec une attention première

Quand le maître raconte une histoire, cette histoire dit quelque chose du moment,  de la difficulté de l’élève à ce moment, … et donc j’étais attentif à ce qui faisait que l’histoire à ce moment du cours était nécessaire. Tout d’un coup, le maître ne racontait pas l’histoire pour la 10e fois mais pour la première fois.

extrait de la conférence

Du salut

Le salut tranche dans le temps, dans notre attention à ce qui passe, créant l’avant et l’après, déterminant le préalable et le consécutif. Il ouvre une séquence où l’on vit l’exigence, préparant à ce qui suit le conflit.

Je suis Shinmen Musashi…

J’étudie l’enseignement d’Iwami soke (11e Grand-Maître) mon maître, comme lui-même étudiait la leçon du sien. Dans cette vidéo, vous pouvez nous voir face à face. Il y a aussi Kajiya soke (12e Grand-Maître). Cependant, je n’ai eu qu’un seul maître même si je dois dire qu’Imaï soke (10e Grand-Maître) m’a donné quelques leçons. Il était important pour lui que je puisse dire que j’ai été son élève aussi. Il m’avait invité au Japon après m’avoir examiné lors d’une rencontre à l’étranger.

Mon enseignement aujourd’hui est fondé sur les nombreux cours que j’ai reçus d’Imaï soke et d’Iwami soke. Comme le disait Maître Suzuki, le Maître de Thé de mon amie Madame Obha : « J’enseigne ce qui n’est pas confié aux livres. »

Le sabre comme accès au Monde

Par les voies et par les chemins, par l’itinéraire choisi, le geste et à sa suite, le sabre, ouvrent un accès au Monde, un réseau de routes. Par l’estoc, la taille et l’entaille, le sabre esquisse tant de sentes qu’il finit par dessiner une carte du Monde, sa représentation. Le geste devient à ce moment une source de connaissances. Il crée une manière d’intelligence qui serait ancienne, antérieure au symbole et au concept. Il accoucherait d’un actecept.

Retour au dojo

20170713_093235Photographie de Corine B. ©2017

La rentrée des classes est un moment dont nous gardons tous des souvenirs. Regrets d’un temps estival où les courses nous entraînaient à travers bois et prés, quand les goûters marquaient l’arrivée d’une soirée s’ouvrant sur une nuit pleine de nouveaux mystères, lorsque la discipline des vacances exige de nous de n’avoir gâché aucune heure, les sentiments, qui nous tiennent dès septembre venu, sont bien ceux d’une nostalgie sur un temps suspendu, entre deux quotidiens qui bordent et restreignent l’émerveillement, ce commencement magnifique qui ouvre la leçon.

Septembre est aussi celui d’un retour à la classe, de retrouvailles en série de camarades et d’enseignants. Pour l’adulte, il est ce moment quand, en fin de journée, nos pas prennent le chemin du dojo et que notre attitude se redresse. La leçon du maître revit au moment où la discipline revient, lorsque l’élève noue sa ceinture et affermit sa détermination. Au loin, à son retour du Kaze no Tani Kan, la Maison de la Vallée des Vents,  il revit le grand air des sommets qu’il a côtoyés, le vent qui balayait les vagues des lacs, l’ombre bienvenue des pins quand le soleil se fait trop intense. Pour un enseignement plus avancé, certains ont accompli les stages de perfectionnement au Unjo An, l’Ermitage au-dessus des Nuages, dans une concentration et un calme qui renforcent l’unité dans l’action. Plein de cette énergie amassée aux flancs des montagnes et fort d’un retour vers une plus grande intériorité, pour chacune de nos deux disciplines, Hyoho Niten Ichi Ryu, le kenjutsu de Musashi, et le Ringenkaï Aïkido,  l’élève se présente au dojo en septembre d’un allant renforcé pour une saison nouvelle.

Cette année, nous avançons. Cette progression est à la fois chemin et manière, celle de notre école, nôtre particulièrement. Elle est tao, do en japonais, littéralement voie et manière. Le sabre, chez nous, marche de pair avec la main nue, la ligne droite se prolongeant dans la courbe, main dans la main. Au programme de l’année, j’aperçois une attention aux équilibres, aux fondamentaux, à ces exigences qui libèrent notre énergie. Plus encore, plus loin, je déroule le rouleau de la leçon, celle de mes maîtres, Iwami Toshio soke et Noro Masamichi senseï. A chaque détail, je retrouve la technique du maître accolée à sa manière, l’une fondant l’autre. En tant que leur élève, je me remémore et je transmets. En tant qu’enseignant, j’enseigne et je me souviens.

Avec plaisir, nous nous retrouverons très bientôt.

L’actecept geste le Monde

Je pense qu’au-delà de l’action comme moyen d’atteindre un but, le geste que nous esquissons crée un chemin vers l’objet ou l’être qui nous fait face et que nos gestes sont autant de chemins qui dessinent une carte du Monde. Les mouvements du corps ne sont pas équivalents entre eux. Le lever de bras n’est pas identique d’un art martial à l’autre. Selon qu’il s’appuie sur l’épaule, le bassin ou les pieds, il organise le corps et l’espace différemment. Selon l’amplitude choisie, il dit le territoire qui est nôtre et celui qui est à l’autre. Le geste structure l’espace et crée un champ. À creux de ce champ, gisent des difficultés que l’élève doit ramasser et étudier. Mais il ne doit pas les jeter au loin car elles sont le rébus qui donne la leçon. Je pense que les hommes lointains qui ne connurent pas le concept et, en un temps, pas encore le symbole, durent recourir au minimum qui est le corps comme premier outil d’investigation du monde. Sous cet angle, nous vivons sur le même palier. Charles Malamoud écrivit Lokapakti, Cuire le Monde en lui donnant pour sous-titre Rite et pensée dans l’Inde ancienne comme pendant au fameux Mythe et pensée chez les Grecs. Études de psychologie historique de Jean-Pierre Vernant. Il désirait montrer que la pensée sous d’autres latitudes naissaient non pas de mythes mais des actes même des Dieux, que la geste des dieux en Inde naissait de leurs gestes même. Il déplaçait le lieu de production de la pensée pour la situer non pas dans la mise en texte mais dans la mise en actes, non pas dans la conception mais dans la gest-ation. La distance entre la Grèce et l’Inde pouvait s’énoncer ainsi sous le rapport qu’esquissait Charles Malamoud et son ami Vernant de la même question : «Comment est produite la pensée ?» ou plus précisément «De quel lieu naît la pensée ?» Je tombais plus tard sur la notion de percept qu’introduisit Deleuze qui serait une perception du monde qui le structure et le définit au moment où est reçue la perception de celui-ci. Pour ma part, je vis qu’avant la perception vient le geste qui agit et perçoit en un même temps et que le geste naît de l’intention sans qu’il puisse y avoir un délai entre les deux. La perception qui viendrait à la suite du geste serait comme l’écho d’un chant, affaibli et distordu. J’aimerai voir un acte-cept qui structurerait le monde aux côtés du percept et du concept. Je ne peux me résigner à voir la pensée humaine s’échouer sur la rive du concept avec un panneau planté dans le sable, terminus de l’aventure des humains.

Avant-propos de Nguyen Thanh Thien, in Le champ des arts martiaux; la scène du sacrifice. Propos croisés sur des formes de rituels dans le monde sino-japonais et dans l’Inde. Charles Malamoud et Nguyen Thanh Thiên, 2013, pp.16-17

Suivre le geste de Musashi nous fait entrer dans sa représentation du Monde.