Développer la Voie du sabre

Niten Japon 04 2006_79Iwami soke et Nguyen senseï devant le dHombu dojo.

Je suis allé à l’étranger visiter les maîtres de l’école de Musashi. Ils m’ont observé pendant 5 jours, du matin au soir. Au terme de ma visite, Imaï soke m’a dit : « Viens au Japon, je t’enseignerai. »

Plus tard au Japon, Iwami soke me donnait cours du matin au soir. Il me dit : « Fais un stage pour moi en France. » J’en ai fait 4 pour mon maître.

Au 3e stage, englobant d’un geste Paris et au-delà, par dessus les toits, il me dit : « Je vois pour toi un grand succès. » Au 4e, dans les montagnes des Pyrénées, il me dit : « C’est comme chez moi. »

Depuis, les élèves viennent régulièrement me voir pour étudier la Voie du sabre selon Musashi. Un noyau s’est constitué et nous œuvrons au développement de l’école en France. Pour mieux répondre à l’attente de mes maîtres et aux besoins de mes élèves, je mets en place une nouvelle organisation de l’enseignement, une structuration plus affinée impliquant Groupes informels, Groupes de Pratique et Groupes d’Étude. Visitez notre page dédiée.

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Kizen no Hyoho

DSC01936Le regard du chat est une leçon pour moi. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2018

Nguyen Thanh Thiên : Quelle est la stratégie enseignée dans votre école ?

Iwami Toshio soke : Dans notre école, nous avons le Hyoho de Kizen (Kizen no Hyoho). Nous n’attaquons jamais en premier. Il faut bien connaître et saisir l’instant où l’adversaire commence l’offensive. Ayant perçu cette occasion, nous l’employons pour frapper. Si l’adversaire attend, nous devons donner l’impression de ne pas être prêt ou d’être faible afin de l’engager à prendre l’initiative. Au moment où l’adversaire est poussé à l’attaque, nous tenons l’instant propice et ripostons. Ça s’appelle Kizen no Hyoho ou Sensen no Sen qui n’est pas qu’une question de stratégie, mais bien une façon de vivre, de se comporter, d’agir selon la situation, avec ou sans sabre. Quand vous saisissez complètement ce que votre maître vous a enseigné, vous pénétrez le vrai cœur, le kokoro, de l’être humain.

interview par Nguyen Thanh Thien 2011

Musashi dans les montagnes

Je viens de découvrir un film que je ne connaissais pas sur le fondateur de mon école de sabre, Miyamoto Musashi.

Mon maître Iwami Toshio soke me racontait : « Musashi est au cœur du peuple japonais. Ce cœur est pour le Monde entier. » Plus tard, dans la montagne des Pyrénées, il se tourna vers un sommet lointain et dit : « Musashi est présent ! » puis il invita le nouveau soke, Kajiya Takanori senseï, à s’incliner.

L’art de se diriger

La capacité à diriger ses pas, son action, sa vie, sont la marque de l’homme responsable. Il lui faut discerner un chemin vers un devenir, au milieu d’une infinité de possibles. Les arts martiaux, comme arts libéraux, œuvrent à améliorer la vision de chacun de son destin. Ces arts martiaux aident à la fabrication de nos destins individuels et collectifs par la sagacité, par la lucidité, par la vision claire.

Lorsque nous rencontrons des personnes avides d’attention et de gloire éphémère, nous pourrions être déboussolés et désorientés par leurs menaces et les craintes qu’ils brandissent. Ils nous annoncent que nous sommes inutiles, inefficaces, faibles. Ils nous susurrent que la tradition a failli et que les maillons ont rompu : « L’homme est faible et la transmission est défaite. Que ferrez-vous quand viendra la nuit pleine de noirceurs ? » Ce ne sont que fariboles et carabistouilles. Il suffit de chercher et le maître vrai se présente à l’élève sincère. Ces paroles de marchand cherchent à vendre leur méthode de combat, leur technique de commando, leur coup fatal. Ils dessinent à grand renfort de magazines et de mangas des brutes ivres de violence. Ils font de nos peurs boutique. Ces sans-vergogne poussent à acheter une domination hors limite, un accouche-douleur qui vrillerait le corps de l’ennemi. Ils font espérer aux sans-courage un règne sans dispute sur la jungle de la rue. Ils promettent de nous transformer en Zartan, Roi de l’Asphalte. À ces boutiquiers qui nous voient comme des gallinettes effarouchées, je réponds que je demeure serein. Mon chemin et ma manière sont dédiés aux maîtres, à leurs leçons, à leur vision, pour ouvrir « la Voie du meilleur sur le chemin du pire ».

J’en rencontre aussi qui courent au meilleur sans se confronter au pire de l’homme. J’en perçois encore qui renoncent au meilleur de l’homme et se hâte au pire d’eux-mêmes. Ces esprits égarés n’ont pas entendu l’espoir des maîtres. Pour nous, pour les générations futures, ils ont enseigné l’art de se diriger, de pénétrer le conflit, de s’y maintenir et d’en ressortir humains, préservant les corps sans rejeter l’esprit. L’art martial est un art du voyage, un périple plein de péripéties qui nous mènerait à bon port.