11e Yama Keiko

Le 11e Yama Keiko sera consacré au travail du souffle et de la posture. Avec le stage de perfectionnement au Unjo An (Corrèze), il est l’indispensable complément de nos cours hebdomadaires. Il est un moment pour que tous, nous nous réunissions et apprenions à faire vivre l’esprit de l’école, les anciens transmettant aux nouveaux, les dojos et les groupes d’étude échangeant leurs expériences. Il est aussi le moyen par lequel les maîtres ont su transmettre l’exigence, la volonté d’excellence, la plus haut niveau. Les enseignants aiment à s’y retrouver pour ensuite partager ce qu’ils y ont récolté. Comme l’avait dit Iwami soke : « Musashi est présent. »

Taïso
Dimanche 8 – Vendredi 13 juillet 2018 9h-10h
Keiko
Dimanche 8 – Vendredi 13 juillet 2018 10h-12h
Rankeiko
Dimanche 8 – Vendredi 13 juillet 2018 15h-17h
Coût du stage complet
avant le 01/06/2018 200€
avant le 30/06/2018 250€
si règlement le 30/06/2018 ou après inscription invalidée

Pour en savoir plus sur Vielle-Aure et son territoire qui abrite une faune et une flore exceptionnelles préservées par la Réserve Naturelle du Néouvielle, contactez l’Office du Tourisme Vielle-Aure Néouvielle.

Demande d’inscription

 

Publicités

Kizen no Hyoho

DSC01936Le regard du chat est une leçon pour moi. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2018

Nguyen Thanh Thiên : Quelle est la stratégie enseignée dans votre école ?

Iwami Toshio soke : Dans notre école, nous avons le Hyoho de Kizen (Kizen no Hyoho). Nous n’attaquons jamais en premier. Il faut bien connaître et saisir l’instant où l’adversaire commence l’offensive. Ayant perçu cette occasion, nous l’employons pour frapper. Si l’adversaire attend, nous devons donner l’impression de ne pas être prêt ou d’être faible afin de l’engager à prendre l’initiative. Au moment où l’adversaire est poussé à l’attaque, nous tenons l’instant propice et ripostons. Ça s’appelle Kizen no Hyoho ou Sensen no Sen qui n’est pas qu’une question de stratégie, mais bien une façon de vivre, de se comporter, d’agir selon la situation, avec ou sans sabre. Quand vous saisissez complètement ce que votre maître vous a enseigné, vous pénétrez le vrai cœur, le kokoro, de l’être humain.

interview par Nguyen Thanh Thien 2011

Musashi dans les montagnes

Je viens de découvrir un film que je ne connaissais pas sur le fondateur de mon école de sabre, Miyamoto Musashi.

Mon maître Iwami Toshio soke me racontait : « Musashi est au cœur du peuple japonais. Ce cœur est pour le Monde entier. » Plus tard, dans la montagne des Pyrénées, il se tourna vers un sommet lointain et dit : « Musashi est présent ! » puis il invita le nouveau soke, Kajiya Takanori senseï, à s’incliner.

L’art de se diriger

La capacité à diriger ses pas, son action, sa vie, sont la marque de l’homme responsable. Il lui faut discerner un chemin vers un devenir, au milieu d’une infinité de possibles. Les arts martiaux, comme arts libéraux, œuvrent à améliorer la vision de chacun de son destin. Ces arts martiaux aident à la fabrication de nos destins individuels et collectifs par la sagacité, par la lucidité, par la vision claire.

Lorsque nous rencontrons des personnes avides d’attention et de gloire éphémère, nous pourrions être déboussolés et désorientés par leurs menaces et les craintes qu’ils brandissent. Ils nous annoncent que nous sommes inutiles, inefficaces, faibles. Ils nous susurrent que la tradition a failli et que les maillons ont rompu : « L’homme est faible et la transmission est défaite. Que ferrez-vous quand viendra la nuit pleine de noirceurs ? » Ce ne sont que fariboles et carabistouilles. Il suffit de chercher et le maître vrai se présente à l’élève sincère. Ces paroles de marchand cherchent à vendre leur méthode de combat, leur technique de commando, leur coup fatal. Ils dessinent à grand renfort de magazines et de mangas des brutes ivres de violence. Ils font de nos peurs boutique. Ces sans-vergogne poussent à acheter une domination hors limite, un accouche-douleur qui vrillerait le corps de l’ennemi. Ils font espérer aux sans-courage un règne sans dispute sur la jungle de la rue. Ils promettent de nous transformer en Zartan, Roi de l’Asphalte. À ces boutiquiers qui nous voient comme des gallinettes effarouchées, je réponds que je demeure serein. Mon chemin et ma manière sont dédiés aux maîtres, à leurs leçons, à leur vision, pour ouvrir « la Voie du meilleur sur le chemin du pire ».

J’en rencontre aussi qui courent au meilleur sans se confronter au pire de l’homme. J’en perçois encore qui renoncent au meilleur de l’homme et se hâte au pire d’eux-mêmes. Ces esprits égarés n’ont pas entendu l’espoir des maîtres. Pour nous, pour les générations futures, ils ont enseigné l’art de se diriger, de pénétrer le conflit, de s’y maintenir et d’en ressortir humains, préservant les corps sans rejeter l’esprit. L’art martial est un art du voyage, un périple plein de péripéties qui nous mènerait à bon port.

Qu’étudiez-vous chaque jour ?

Dans le peu qu’on lui donne, l’élève doit chercher le reste car on lui dévoile dès le premier cours l’essentiel. Il n’y a plus alors de place pour la plainte, l’insatisfaction, le retour en magasin. L’élève doit se contenter de peu car ce peu est fait de l’essentiel. Avec sagacité, il peut à ce moment reconnaître dans le fruit la promesse de l’arbre.

J’ai toujours été reconnaissant à mes maîtres pour le peu qu’il me donnaient. Parfois, ils me donnaient plus mais comme j’avais peu de temps pour tout étudier, je revenais rapidement à l’élémentaire, à la graine que j’examinais avant d’aborder la plante. La plante était pour moi du domaine de l’application, la graine celui de l’étude fondamentale.

Dans mon école de sabre, je reviens à Sassen. Ce fut la réponse à la question que posa Maître Ricard Pous-Cuberes à un maître de 80 ans : « Qu’étudiez-vous chaque jour ? » Le vieux maître de murmurer : « Sassen. »

Me contentant de peu, je suis plein de gratitude. Je n’ai pas besoin de calomnier les maîtres, les enseignants de seconde génération, les intermédiaires multiples. J’ai reçu un peu, un rien, juste le nécessaire. J’ai goûté au « Cela n’étant pas, ceci n’est pas. » Je n’ai pas besoin d’aller jusqu’à la condition suffisante : « Cela étant, ceci est. »

Je crois que le chemin vers la maîtrise passe par le nécessaire. Le chemin du consommateur, ce choix qui n’est pas le mien, réclame le suffisant, la recette miracle, l’imposition de main du maître charismatique. Pour moi, sur mon chemin, rien ne garantit que la leçon soit comprise, entendue, clairement perçue. À celle ou celui qui suit cette voie, il ne reste que le cheminement, l’effort de l’ascension, la possibilité d’une chute. Cependant, si j’agis ainsi, c’est parce que mes maîtres ont parcouru cette manière avant moi et qu’ils ont témoigné qu’elle mène à bon port, et puis parce que je ne suis pas consommateur, que je suis étudiant, que je tends vers les hauteurs.

Je vais vers l’exigence et je fuis la réclame.