Kizen no Hyoho

DSC01936Le regard du chat est une leçon pour moi. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2018

Nguyen Thanh Thiên : Quelle est la stratégie enseignée dans votre école ?

Iwami Toshio soke : Dans notre école, nous avons le Hyoho de Kizen (Kizen no Hyoho). Nous n’attaquons jamais en premier. Il faut bien connaître et saisir l’instant où l’adversaire commence l’offensive. Ayant perçu cette occasion, nous l’employons pour frapper. Si l’adversaire attend, nous devons donner l’impression de ne pas être prêt ou d’être faible afin de l’engager à prendre l’initiative. Au moment où l’adversaire est poussé à l’attaque, nous tenons l’instant propice et ripostons. Ça s’appelle Kizen no Hyoho ou Sensen no Sen qui n’est pas qu’une question de stratégie, mais bien une façon de vivre, de se comporter, d’agir selon la situation, avec ou sans sabre. Quand vous saisissez complètement ce que votre maître vous a enseigné, vous pénétrez le vrai cœur, le kokoro, de l’être humain.

interview par Nguyen Thanh Thien 2011

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Hyoho, la Voie martiale

Au lendemain d’un attentat en France, on interpelle mes élèves :

Pourquoi faites-vous des arts martiaux en temps de paix ? Quel besoin avez-vous d’étudier de telles disciplines ?

Ma réponse :

Connaissez-vous ces disciplines pour en parler avec tant de certitudes ? Avez-vous étudié auprès des maîtres ou avez-vous regardé des films ?

L’art que j’étudie et que j’enseigne vise à la paix du plus profond de l’âme humaine, depuis ses lieux de violence intimes, depuis le cœur troublé aspirant à la lumière. L’art de mes maîtres trace le chemin le plus sûr vers un moment de paix, depuis le conflit, depuis la réalité qui constamment s’oppose à nos desseins. L’étudiant avance dans les pas des maîtres avec force, avec courage, avec intelligence et avec gentillesse. Grâce à l’adversité, il est sommé de produire le meilleur de soi et par l’intimité de la lutte il perçoit en l’autre le meilleur de soi.

L’art martial étudie les conditions et les causes de la paix depuis son opposé, le conflit. Parce que le terme est galvaudé et que notre étude est aujourd’hui assimilée à des techniques de contrainte par la violence, voir de soumission, il est temps d’opter pour un nouveau vocabulaire. L’art de nos maîtres doit être maintenant appelé « la Voie martiale ». Nous devons laisser tomber l’ancienne peau « l’art martial ». En cela, nous reprenons l’ajout de Hyoho qui fut accolé à « Niten Ichi Ryu », hyoho signifiant à la fois voie de stratégie et voie de progression spirituelle.

 

À la Une

Stage Kaze no Tani 22/04

DSC00759Arrivée au nouveau dojo. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2018

Ce stage aura pour thème Nito seiho.

Date : 22 avril 2018
Horaire : 9h-13h
Lieu : Salle des Fêtes
65170 Vielle-Aure
Page du dojo

Bulletin d’inscription ci-dessous (obligatoire)

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Qu’étudiez-vous chaque jour ?

Dans le peu qu’on lui donne, l’élève doit chercher le reste car on lui dévoile dès le premier cours l’essentiel. Il n’y a plus alors de place pour la plainte, l’insatisfaction, le retour en magasin. L’élève doit se contenter de peu car ce peu est fait de l’essentiel. Avec sagacité, il peut à ce moment reconnaître dans le fruit la promesse de l’arbre.

J’ai toujours été reconnaissant à mes maîtres pour le peu qu’il me donnaient. Parfois, ils me donnaient plus mais comme j’avais peu de temps pour tout étudier, je revenais rapidement à l’élémentaire, à la graine que j’examinais avant d’aborder la plante. La plante était pour moi du domaine de l’application, la graine celui de l’étude fondamentale.

Dans mon école de sabre, je reviens à Sassen. Ce fut la réponse à la question que posa Maître Ricard Pous-Cuberes à un maître de 80 ans : « Qu’étudiez-vous chaque jour ? » Le vieux maître de murmurer : « Sassen. »

Me contentant de peu, je suis plein de gratitude. Je n’ai pas besoin de calomnier les maîtres, les enseignants de seconde génération, les intermédiaires multiples. J’ai reçu un peu, un rien, juste le nécessaire. J’ai goûté au « Cela n’étant pas, ceci n’est pas. » Je n’ai pas besoin d’aller jusqu’à la condition suffisante : « Cela étant, ceci est. »

Je crois que le chemin vers la maîtrise passe par le nécessaire. Le chemin du consommateur, ce choix qui n’est pas le mien, réclame le suffisant, la recette miracle, l’imposition de main du maître charismatique. Pour moi, sur mon chemin, rien ne garantit que la leçon soit comprise, entendue, clairement perçue. À celle ou celui qui suit cette voie, il ne reste que le cheminement, l’effort de l’ascension, la possibilité d’une chute. Cependant, si j’agis ainsi, c’est parce que mes maîtres ont parcouru cette manière avant moi et qu’ils ont témoigné qu’elle mène à bon port, et puis parce que je ne suis pas consommateur, que je suis étudiant, que je tends vers les hauteurs.

Je vais vers l’exigence et je fuis la réclame.

Do contre jo, jo avec do

Dans « dojo », il y a une contradiction qu’il faut dépasser, do voie et jo maison, entre manière éphémère d’un maître et style persistant d’une école. Il se crée alors une dialecte féconde entre ces opposés, un dépassement incessant devant la limite, un retour sans fin vers l’origine.

Écouter avec une attention première

Quand le maître raconte une histoire, cette histoire dit quelque chose du moment,  de la difficulté de l’élève à ce moment, … et donc j’étais attentif à ce qui faisait que l’histoire à ce moment du cours était nécessaire. Tout d’un coup, le maître ne racontait pas l’histoire pour la 10e fois mais pour la première fois.

extrait de la conférence