15 ans à soutenir mon senseï

DSC02465Faire le keiko, c’est exercer le regard vers l’extérieur comme reflet de l’intérieur. Photographie Nguyen Thanh Thien © 2018

2000-2015, ces 15 années ont été riches en expériences, en leçons et en rencontres. En 2000, je recevais ma 1ère leçon par Imaï soke avec comme partenaire Iwami senseï. Je restais avec eux 5 jours intenses au bout desquels Imaï soke me dit : « Viens au Japon, je t’enseignerai. »

Au Japon, j’eus droit à l’enseignement particulier du soke dans son dojo. Je dormais chez le futur soke selon la volonté du vieux soke. Le vieux soke m’examinait dans le dojo et en dehors.

Un soir, dans sa voiture, le futur soke, Iwami senseï, tourna son regard vers moi. Nos regards se rencontrèrent dans le rétroviseur. Il me dit : « Veux-tu m’aider et organiser pour moi un stage en Europe. » Yamashiro san me fit la traduction. Pour renforcer mon action, il me nomma Responsable Niten pour l’Europe. En ce temps, toutes les décisions recevaient l’aval du vieux maître.

Je passais les années suivantes à préparer la venue et l’implantation de son enseignement en Europe. Nous partions de rien. Aujourd’hui, Hyoho Niten Ichi Ryu est présent dans plus de 10 pays en Europe et a même touché le Nouveau Monde avec mon appui. Le prochain stage international aura lieu en Italie, à Foligno. Ricci senseï invite le 12e soke, Kajiya soke, pour continuer l’effort qu’Iwami soke débuta, avec le soutien d’Imaï soke.

Je suis heureux d’avoir passé le flambeau. Depuis 2015, je me suis retiré de l’organisation de la Hyoho Niten Ichi Ryu pour me consacrer exclusivement à la pratique. Je regarde une nouvelle génération monter qui étendra l’enseignement de Musashi à la surface de notre planète. J’espère qu’elle saura préserver le goût du keiko et rester loin des querelles de personnes. Pendant ce temps, selon mon âge, je me tourne vers l’approfondissement. Je pratique comme jamais.

Je regarde les 15 années passées à soutenir mon senseï. Je n’en ai pas à rougir, je suis même fier d’avoir toujours visé au plus haut, au plus près de Musashi, selon le plus grand intérêt de mon senseï.

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Qu’est-ce qu’une étude du sabre ?

DSC02434Photographie Nguyen Thanh Thien © 2018

Nguyen Thanh Thien : Une chose difficile à comprendre aujourd’hui est qu’on ait besoin d’une pratique d’une vie pour étudier une koryu. Aujourd’hui, tout le monde veut aller vite. Qu’est-ce qui peut être construit rapidement ? Et à l’opposé, qu’est-ce qui peut être construit avec lenteur ?

Iwami soke : Musashi employait le terme de Tanren. « Tan » signifie entraînement pendant mille jours. « Ren » signifie entraînement pendant dix mille jours.
Mille jours équivalent à trois ans.
Dix mille jours équivalent à dix ans.
Cette notion implique que nous ayons à nous exercer pendant toute notre vie.

La représentation des koryu 2000

Hanovre 2000 Koryu013Iwami senseï, Imaï soke, Nguyen Thanh Thien. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2000

Hanovre 2000 Koryu014Imaï soke. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2000

Hanovre 2000 Koryu016Iwami senseï, Imaï soke. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2000

Hanovre 2000 Koryu017Dans le Pavillon japonais de l’Exposition universelle de Hanovre, soke de la Kurama Ryu, Sasamori Takemi soke de la Ono Ha Itto Ryu, Iwami senseï de la Hyoho Niten Ichi Ryu, senseï assistant de Katsuse Yoshimitsu soke de la Suio Ryu, Imaï soke de dos dans le fond est déjà reparti, Katsuse Yoshimitsu soke de la Suio Ryu, senseï assistant de Sasamori soke, assis au premier plan Higashiyama senseï assistant du soke de la Kurama Ryu. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2000

C’est avec beaucoup de joie que je revoie ces images. J’avais passé 5 jours parmi ces maîtres. Il y eut des aventures, des défis, des compréhensions mutuelles. Je voulais voir si je correspondais à l’attente de ma nouvelle école. Les maîtres m’ont observé, je les ai observé. Au terme des 5 jours, Imaï soke m’a dit : « Viens au Japon, je t’enseignerai. »

Je me souviens :

« J’accepte tous les défis. » Katsuse soke

« Ton école est très dure. » Higashiyama senseï

« Tu es un bon disciple. » Iwami senseï

« Vous bougez lentement votre sabre pour conduire l’énergie ? » « Oui » Sasamori soke

« Enlèves tout  » Imaï soke

« … » Soke de la Kurama Ryu, souvent à l’écart, silencieux

Aujourd’hui, je pratique à la recherche de l’énergie que j’ai perçue parmi ces maîtres, particulièrement d’Imaï soke et d’Iwami soke.

S’exercer, c’est donner vie chaque jour à la leçon.

Avant toutes choses et selon ce qui vient d’être énoncé…

Interview de Iwami Toshio Harukatsu soke, 11e successeur de Miyamoto Musashi, le 17 Octobre 2010 à Kokura, Kitakyushu, Kyushu, Japon

Nguyen Thanh Thien : Aujourd’hui, nombre de personnes apprécient d’apprendre un art martial et d’améliorer leur pratique en s’exerçant à d’autres arts martiaux, piochant et amalgamant des bouts de compréhension diverses. Dans l’esprit d’une koryu et particulièrement de la Hyoho Niten Ichi Ryu, que pensez-vous d’une telle démarche ?

Iwami Toshio Harukatsu soke : Nous pensons que nous devons utiliser nos sabres au moyen de notre esprit, en dirigeant notre esprit. Ainsi, nous ne pouvons faire un usage approprié des sabres qu’à partir du moment où notre esprit a été justifié. Avant toutes choses et selon ce qui vient d’être énoncé, nous devons étudier et entraîner nos pensées et notre esprit. Ces raisons expliquent que nous devons pratiquer sur de longues périodes de temps.

Kizen no Hyoho

DSC01936Le regard du chat est une leçon pour moi. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2018

Nguyen Thanh Thiên : Quelle est la stratégie enseignée dans votre école ?

Iwami Toshio soke : Dans notre école, nous avons le Hyoho de Kizen (Kizen no Hyoho). Nous n’attaquons jamais en premier. Il faut bien connaître et saisir l’instant où l’adversaire commence l’offensive. Ayant perçu cette occasion, nous l’employons pour frapper. Si l’adversaire attend, nous devons donner l’impression de ne pas être prêt ou d’être faible afin de l’engager à prendre l’initiative. Au moment où l’adversaire est poussé à l’attaque, nous tenons l’instant propice et ripostons. Ça s’appelle Kizen no Hyoho ou Sensen no Sen qui n’est pas qu’une question de stratégie, mais bien une façon de vivre, de se comporter, d’agir selon la situation, avec ou sans sabre. Quand vous saisissez complètement ce que votre maître vous a enseigné, vous pénétrez le vrai cœur, le kokoro, de l’être humain.

interview par Nguyen Thanh Thien 2011

Hyoho, la Voie martiale

Au lendemain d’un attentat en France, on interpelle mes élèves :

Pourquoi faites-vous des arts martiaux en temps de paix ? Quel besoin avez-vous d’étudier de telles disciplines ?

Ma réponse :

Connaissez-vous ces disciplines pour en parler avec tant de certitudes ? Avez-vous étudié auprès des maîtres ou avez-vous regardé des films ?

L’art que j’étudie et que j’enseigne vise à la paix du plus profond de l’âme humaine, depuis ses lieux de violence intimes, depuis le cœur troublé aspirant à la lumière. L’art de mes maîtres trace le chemin le plus sûr vers un moment de paix, depuis le conflit, depuis la réalité qui constamment s’oppose à nos desseins. L’étudiant avance dans les pas des maîtres avec force, avec courage, avec intelligence et avec gentillesse. Grâce à l’adversité, il est sommé de produire le meilleur de soi et par l’intimité de la lutte il perçoit en l’autre le meilleur de soi.

L’art martial étudie les conditions et les causes de la paix depuis son opposé, le conflit. Parce que le terme est galvaudé et que notre étude est aujourd’hui assimilée à des techniques de contrainte par la violence, voir de soumission, il est temps d’opter pour un nouveau vocabulaire. L’art de nos maîtres doit être maintenant appelé « la Voie martiale ». Nous devons laisser tomber l’ancienne peau « l’art martial ». En cela, nous reprenons l’ajout de Hyoho qui fut accolé à « Niten Ichi Ryu », hyoho signifiant à la fois voie de stratégie et voie de progression spirituelle.