Il n’y a pas d’avant

Dans l’étude des arts martiaux, il existe une voie secondaire qui serpente entre les tentations extraordinaires de pouvoirs spéciaux.

Le combattant est confronté à des murs qui lui voilent l’issue du combat, par manque de visibilité, par absence de perspicacité, par défaut de suprématie dans le rapport de force. Il est à un moment tenté de rechercher des pouvoirs spéciaux, qui seraient une prescience, une réserve de force cachée ou une formule qui dissoudrait l’adversaire au moment décisif.

Les Védas nous ont prévenu de l’inutilité de ces pouvoirs quasi magiques. Le Bouddha a mis en garde ses disciples contre une course à l’échalote où le gagnant serait capable de lire dans la pensée de l’autre, de cacher ses mouvements, de se séparer de son ombre.

Je pense profondément qu’une telle quête est une perte de temps. Ce serait une fuite  de courir après un avantage quant il faut au contraire s’avancer vers l’adversaire, simplement soi, soi face à l’autre. Les pouvoirs qu’offrent la concentration, l’ascèse, les formules de rituels ésotériques, sont autant de préambules, de préalables, de  mises à distance de la confrontation. Ils révèlent une impréparation au face à face, une reculade supplémentaire.

De mon maître, je revois sa posture, sans artifice. Il m’avait enjoint de ne pas me cacher derrière le sabre. C’est ainsi que je comprends le recours de Musashi à une pièce de bois, une rame taillée faisant office de sabre. C’est ainsi que je vois Tora Buri, Aïsen, Gedan Nito seiho.

Il y a un après

Je n’ai pas revu ce film depuis longtemps aussi je ne m’exprimerai que sur cet extrait. Je reconnais malgré l’emphase due à la mise en scène les points importants de notre école, à savoir le regard, le jeu des pieds, l’attitude digne et sans apprêt. Il y a peu à exposer au public.

Il revient à l’intériorité de s’exprimer comme on exprime le jus d’un fruit par un pression accumulée à l’intérieure qui chercherait une voie vers l’extérieure. La puissance, la rapidité et l’astuce reculent devant tant d’unité, de sincérité et de maintenance, qui devient pour moi la qualité d’une présence à l’instant.

Je m’incline devant l’exemple de Musashi qui inspire de telles attitudes 400 ans après sa mort.

Tora Tora

JKouid002Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2017

Je me souviens. Il est important de se souvenir car le souvenir ancre notre présence, notre actualité, dans une terre noire, riche, féconde, celle des espoirs conçus par des générations passées, par des esprits ambitieux pour leurs prochains, généreux pour leurs mioches. Je me souviens car je suis porté par mes maîtres au-delà de mes espérances.

Je me souviens de la première fois que j’ai vu une carte des fonds marins. Stupéfait, je découvrais que, sous une surface faite d’écumes et d’agitation, courent des bras puissants qui bousculent les océans d’un pôle à l’autre. Depuis, je regarde ce qui ne s’offre pas à la simple vue et qui pourtant nous écartèle et nous chavire, nous jette les uns vers les autres et nous pousse loin du soi et de l’autre.

Ce qu’on nomme technique, je l’entrevois comme une marée qui se lève à la rencontre de l’adversaire. Un flux, un élan, un souffle, que dis-je un vent !

Il faut avoir vu mes maîtres se jeter l’un vers l’autre, entiers, tranchants et pourtant pleins d’attention.

 

Mener jusqu’au bout

ALance003 Au début, le kiaï est vocalisé comme un entraînement vers un  niveau plus élevé. Gala des Arts martiaux, Saint-Brice sous Forêt, Photographie Nguyen Thanh Khiet © 2016

J’aurais une question. Dans les katas que j’ai travaillé en karaté ou en kobudo, on a les « kiai » qui sont codifiés, on doit le faire à un endroit précis du kata. Qu’en est-il au Hyoho Niten Ichi Ryu, est-ce que le kiai est libre ? Ou est-ce qu’il n’y en a uniquement au moment où on annonce le kata ?

 

L’énergie doit être exprimée constamment. Au début, elle peut être exprimée de manière audible. À un niveau plus avancé, elle n’est pas vocalisée. Cependant, elle est toujours présente. Ce qui m’a le plus surpris, est la constance de son flux. Comme la lame coupe sur toute sa longueur, même si certaines parties sont privilégiées, le souffle est maintenu sans fléchir, le regard est brûlant d’ardeur de manière constante. Il n’y a pas à s’exciter sur le moment de la coupe. La coupe a lieu dès le 1er instant, dès le salut, dès qu’il y a présence.

Je l’ai étudiée chez Imaï soke et chez Iwami soke.

Cependant, le flux est maintenu sans faiblesse. S’il s’adapte, il ne recule jamais. Il faut étudier cela dans le dojo.

Le flux est dès le début et jusqu’au bout, de bout en bout.

Stage kenjutsu 21 mai : préparation

DSC_9686Le stage mensuel nous fait pénétrer en profondeur dans l’exploration des formes et de l’énergie. Photographie Nguyen Thanh Khiet © 2016

Date : 21 mai 2017
Horaire : 15h30-19h30
Lieu : COSEC 29 rue des 2 piliers
95350 Saint-Brice-sous-Forêt
Page du dojo

Bulletin d’inscription ci-dessous (obligatoire)

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