La leçon comme une vague silencieuse

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Le matin alors que je vais pratiquer, une demi-lune passe sur le sommet du Pic d’Aret. Ce stage d’hiver, il y avait des élèves de Tarbes et de Pau, des pratiquants de karate. Nous avons d’abord travaillé la marche spécifique à Musashi, puis la saisie du sabre et la première technique, Sassen. Seulement plus tard, nous avons abordé les 7 premiers seiho. Enfin, nous les avons exécuté par paires.

Cinq heures ont passé qui furent bien remplies. Il faut être sérieux. Mes élèves sont enthousiastes. Nous sommes patients. Nous sommes sereins quant à la venue des progrès. Le temps œuvre pour l’enseignement. La montagne, une vague de pierre qui se lève et passe la perception des hommes, nous offre son exemple. La leçon de Musashi avance avec l’avancée des élèves et gagne les terres du Sud-Ouest. La lune veille sur le dojo, même en plein jour.

Rechercher par le corps 1

DSC_0917Photographie de Nguye Thanh Khiêt © 2017

Conférence de Nguyen Thanh Thiên du 9 février 2017 à Saint-Brice sous Forêt

Sujet : Rechercher par le corps
Extrait 1 :

Nous allons partir de l’actualité. Après le dernier Vendées-Globe, le vainqueur dit lors d’un interview que s’il avait été adversaire pendant la course, il garderait cependant le contact avec celui arrivé second car « nous avons vécu des choses ensemble que nous sommes seuls à partager ». Ces paroles disent bien qu’il y a une connaissance par le vécu qui reste de l’ordre de l’incommunicable. Il faut l’avoir vécu pour comprendre et l’avoir vécu ensemble pour le comprendre ensemble. Ce vécu apporte une connaissance qui requiert la présence du corps et de l’esprit. Il ne s’agit pas d’une connaissance que l’on peut approcher par l’esprit seulement. On ne peut y parvenir par une lecture, une audition ou même une vision. Les bouddhistes tibétains disent que les dieux comme les hommes ont reçu l’enseignement du Bouddha mais que les hommes ont ceci sur les dieux qu’ils possèdent un corps pour apprendre, et vivre la leçon. Le talmud énonce qu’il y a 2 arbres au Paradis, l’arbre de vie et l’arbre de la connaissance et qu’on ne comprend réellement que si on a vécu la leçon. Pour les arts martiaux, on ne comprend la leçon que si on sait faire la technique, que si on l’a pénétrée, que si elle nous a pénétrés. Pour pénétrer la leçon, il faut 3 ans de travail assidu. Pour être pénétré par la leçon, il faut 30 ans. Quand je voyage, je ne prends que mes habits et des instruments, sabre ou bâton. Je n’emporte pas de livre ni de manuel. Je dois avoir assez étudié pour que l’enseignement sorte de mes gestes, inconsciemment et consciemment. Le corps d’un enseignant d’arts martiaux est devenu une manière de bibliothèque.

Stage kenjutsu 5 mars : Tora Buri, Aïsen et Migi Waki Kamae

DSC_9686Le stage mensuel nous fait pénétrer en profondeur dans l’exploration des formes et de l’énergie. Photographie Nguyen Thanh Khiet © 2016

  • Tora Buri Itto seiho
  • Aïsen Kodachi seiho
  • Migi Waki Kamae Nito seiho

Date : 5 février 2017
Horaire : 15h30-19h30
Lieu : COSEC 29 rue des 2 piliers
95350 Saint-Brice-sous-Forêt
Page du dojo

Bulletin d’inscription ci-dessous (obligatoire)

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La Voie du Cœur

DSC_0875Photographie de Nguyen Thanh Khiêt © 2017

Préambule à la 1ère conférence, Saint-Brice 12 janvier 2017

J’ai ressenti une urgence à présenter la Voie du Sabre à l’automne 2016. L’été dernier, nous faisions un stage dans la montagne et, entre épicéa et bruyère, nous avons appris l’attentat du 14 juillet à Nice. J’ai compris à ce moment qu’il me fallait sortir du bois, et redescendre des hauteurs de l’étude pour dire la vérité des arts martiaux, celle d’un apprentissage, d’un passage par le feu de la violence incontrôlée et d’une navigation vers une terre de paix qui serait la sortie de la violence. Lire la suite

Vue depuis le Refuge de Viados

08.2005 059Passez la frontière et découvrez une autre montagne. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2005

Depuis nos villes, nos rues, nos bureaux, il est difficile d’envisager la richesse qui nous entoure, qui nous habite, qui se révèle à notre regard. Voir le seiho comme une succession d’efforts, de compréhensions, depuis notre début, depuis les premiers maîtres, depuis Musashi lui-même. Il nous faut apprendre à voir et à pratiquer par strates. Il nous faut saisir la richesse d’une pratique qui dépose chaque jour une lumière nouvelle.

Le Yama Keiko est un moment où nous nous immergeons dans les forces vives de la nature. En 2017, nous fêterons le 10ème Yama keiko. Ce rendez-vous annuel dans les montagnes des Pyrénées sera complété cette année par un Musashi Trek.

Le pied et le mètre

DSCF0379Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2017

Dans les arts, il faut absolument intégrer la technique. Nous devons explorer les verticales et les horizontales, être précis dans les diagonales, respecter les alternances, écouter les rythmes. Une fois le cadre connu et examiné en profondeur, alors il est temps de s’y promener, d’en faire son domaine, selon son pas. Il y a un dialogue fructueux entre les contraintes extérieures et les capacités personnelles. Pour atteindre cette richesse d’échange, nous devons respecter chaque terme de la relation, les exigences de l’art et soi.

Quand les arts martiaux prennent la route

DSCF8214Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2016

Je suis entré en contact avec la Hyoho Niten Ichi Ryu en 1998 quand les koryus sont venus en France montrer au public français leurs anciennes et vénérables traditions. Il s’agissait d’une volonté commune des koryu de s’ouvrir aux non-Japonais. En 2000, j’ai retrouvé Imaï soke et Iwami senseï à l’Exposition Universelle de Hanovre. En 2004 à Saint-Brice sous Forêt, Iwami soke accompagné de 3 senseï, enseigna à 75 élèves européens pour la 1ère fois.

Les arts et les traditions voyagent. Les hommes voyagent, échangent et partagent. Nous devons garder les routes ouvertes et nous devons maintenir ouvertes nos portes. J’ai tenu à entrer dans la Hyoho Niten Ichi Ryu en gardant la porte ouverte derrière moi.

Bien sûr, si la Hyoho Niten Ichi Ryu est pour tout le monde, tout le monde n’est pas fait pour la Hyoho Niten Ichi Ryu. D’autres koryu peuvent être plus en correspondance, en affinité, en harmonie avec tel ou telle élève. D’autres arts aussi. Nous devons maintenir avec intransigeance les caractéristiques de notre sabre et pourtant être tolérants.

Nous avons bénéficié de l’ouverture et du maintien des routes, celles d’aujourd’hui répondant aux chemins et voies d’autrefois, à l’instar des Routes de la Soie. Près de 2 de nos dojos, passent des Chemins de Compostelle. À 15km de notre dojo Kaze no Tani Kan, par le Port de Bielsa, un col des Pyrénées, sont passés les derniers républicains fuyant la dictature de Franco. Nous construisons nos dojos sur le bord des chemins. Nous avons suivi les soke qui vinrent en Europe et qui nous invitèrent en retour dans leurs dojos privés au Japon. Quand les arts martiaux prennent la route, on les appellent budo, guerrier-voie.

Ne fermons pas les routes, les cols, les portes. N’érigeons pas les murs. Suivons l’exemple des maîtres. Partageons !

Face à Musashi

Niten le OFF - France 2004_40Nguyen Thanh Thien et Iwami soke, Saint-brice sous Forêt, France. Bruno de Hogues 2004

Recevoir un enseignement de la Hyoho Niten Ichi Ryu, c’est toujours se présenter devant Musashi. Le dojo est le lieu de cette réception. Il n’est pas un lieu ou un temps spécifiques ; il n’est pas d’ici ou d’ailleurs. Ce moment, je l’ai vécu, je le vis encore. Il n’est pas enfermé dans le passé ni à attendre au futur. De tous temps et de tous lieux, le dojo est la réception de la leçon.

Le dojo est d’abord construit sur notre concentration, celle du maître qui donne, celle de l’élève qui reçoit. Bien sûr, il y a des dojos de ville, de campagne, de montagne et de mer. Mais il n’y en a pas sans concentration, sans unité indivise de l’attention.

Je me souviens de ce matin d’octobre, bien avant que le jour ne se lève. Le souvenir de cet instant me tient parfois éveillé la nuit. Depuis toutes ces années, j’interroge encore le désir de mon maître de transmettre, de passer l’esprit et le sabre de Musashi.