Vue depuis le Refuge de Viados

08.2005 059Passez la frontière et découvrez une autre montagne. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2005

Depuis nos villes, nos rues, nos bureaux, il est difficile d’envisager la richesse qui nous entoure, qui nous habite, qui se révèle à notre regard. Voir le seiho comme une succession d’efforts, de compréhensions, depuis notre début, depuis les premiers maîtres, depuis Musashi lui-même. Il nous faut apprendre à voir et à pratiquer par strates. Il nous faut saisir la richesse d’une pratique qui dépose chaque jour une lumière nouvelle.

Le Yama Keiko est un moment où nous nous immergeons dans les forces vives de la nature. En 2017, nous fêterons le 10ème Yama keiko. Ce rendez-vous annuel dans les montagnes des Pyrénées sera complété cette année par un Musashi Trek.

Préparation

DSC_9671Photographie de Nguyen Thanh Khiêt © 2016

Dans les symboles du yin et du yang, il y a au coeur de chaque phase, lumière ou obscurité, un point de son opposé, une once, un iota. Au plus profond de l’hiver, une minute de jour apparaît à chaque lever de soleil. Ainsi nous préparons déjà l’été et nous nous apprêtons à nous confronter au Yama Keiko et au Musashi Trek du Kaze no Tani Kan, Hautes-Pyrénées, et aussi aux stages de perfectionnement d’Unjo An, Corrèze.

2017 fêtera le 10e anniversaire des Yama keiko et inaugurera le 1er Musashi Trek.

L’art martial œuvre en amont, par petites touches. Ainsi les progrès adviennent surement. Pour cette raison, j’ai choisi une image de l’été dernier. Hier pour aujourd’hui, aujourd’hui pour demain.

2016 > 2017

Voici ce que nous avons fait en 2016 :

J’oublie de regarder en arrière et de voir le chemin parcouru. C’est un tort car, par un retour sur 2016, nous percevons toute l’énergie qu’enfant, adolescent et adulte, chacun de nous a eu à cœur d’avancer.

DSCF9950Entre passé et futur, vivons ce présent qui s’offre à nous. Photographie de Nguyen Thanh Thien ©2016

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Le parcours intégral du Musashi Trek

Musashi Trek intégral

Ce parcours est une approximation et ne correspond pas au trajet sur le terrain. Il donne par contre le dénivelé positif, soit 3192m – 800m = 2392m. La 1ère étape est la plus longue. Le 1er jour, nous ferons keiko au bord des Lacs de Bastan.

Lacs de Bastan (Lac du milieu)Un des lacs de Bastan. Photographie de Guy et Nicole Négrié © 2013

Plus d’information sur ce lien.

La convergence des mille et un ruisseaux

Il y a la démonstration et il y a l’entrainement quotidien, embu et renshu. Il y a l’extraordinaire et l’ordinaire, le don et le travail, l’évènement et la routine.

Le public perçoit l’audible et le visible. Je demande à mes élèves d’être attentifs à ce qui est à peine audible et visible. Ce qui est en deçà du spectaculaire et de l’impressionnant et qui pourtant le nourrit comme les milliers de ruisseaux forment le fleuve majestueux.

Il faut les mille et un apports mais, plus encore, il faut la nécessaire convergence. Alors causes et conditions produisent l’évènement, l’extraordinaire, le geste merveilleux.

Le kiaï d’Imaï soke

En 2002, un jeudi soir de novembre au Japon, j’avance sabre en main vers Imaï soke. J’apprends les premiers seiho du Itto seiho, le grand sabre de Musashi. Il ne tient pas de sabre dans sa main. Face à moi, il me relance :

« Plus fort ! »

et j’avance vers lui. Il est très difficile d’avancer vers Imaï soke ce soir-là. Il projette toute son énergie  et je la reçois entière. Alors, j’avance, plus fort et encore plus fort. Chaque fois qu’il me disait plus, je lui donnais plus. Quand je pensais avoir tout donné, il réclamait plus. Je lui fais confiance et je trouve à donner plus. Si je devais douter de sa parole un instant, alors notre lien, ma confiance et la sienne, serait rompu, brisé par mon doute, mon hésitation. J’avais décidé d’aller au Japon recevoir l’enseignement d’Imaï soke, j’avais par cette décision pris l’engagement d’avancer vers lui, face à la force que je sentais déferler sur moi. Une telle décision ne peut être révoquée, elle avance quoiqu’il en coûte.

Un de mes anciens enseignants me disait qu’il me trouvait « suicidaire » dans ma manière de m’engager. Pour moi, j’avais pris la décision de faire des arts martiaux, d’avancer, alors rien ne pouvait m’arrêter. Noro senseï m’avait dit qu’il n’avait jamais rencontré quelqu’un d’aussi déterminé que moi. Ce que je crois, c’est que celui qui décide d’avancer s’engage à avancer. Il le faut ! C’est cela que j’ai retrouvé face à Imaï soke. C’est cela qu’il attendait de moi. C’est le sens des 2 premiers pas dans les seiho de Musashi. Je vois encore aujourd’hui Imaï soke me crier d’avancer vers lui. Et je criais en retour.

À la fin du cours, après le salut, il prit la parole et dit qu’il était content de moi. J’avais avancé et poussé le kiaï comme il me le demandait. Parfois, il faut faire un kiaï silencieux. Cet été, au bord de la Neste d’Aure, le dernier jour du stage, à la dernière heure, nous avons poussé le kiaï comme ce jour lointain, quand le vieux maître était encore de ce Monde pour dire :

« Plus fort ! »

Merci Imaï soke.

Observer la lame du maître

Je fais comme Iwami soke m’a enseigné. Face à l’autre, au vivant. Je ne m’attache pas au sabre, au bois ou à l’acier. Ce n’est pas le bois qui écrase ou l’acier qui coupe mais le vivant qui le manie. Au 1er niveau, c’est ce qui est perçu. Au second, c’est bien l’intention qui se manifeste et c’est lui que l’on atteint et tranche.

En résumé, Musashi est vivant ! Cela signifie que nous nous attachons au vivant. J’ai souvent observé le bokken de mon maître. Il avait gardé son fil de bois alors qu’il avait enduré des milliers de keiko. Mon bokken a un peu bougé en 15 ans, mon kodachi est resté le même. La raison est que je fends dans le vif. Ceci est à découvrir dans le dojo.