Musashi Trek & 10e Yama Keiko

20170713_093235Photographie de Corine B. ©2017

Nous venons de terminer une grande aventure où les étudiants du sabre de Musashi ont gravi des montagnes, passé des cols et longé des lacs à l’eau transparente, emportant leurs sabres avec eux. Ce fut dur, parfois âpre, froid par moments, chaleureux souvent.

J’avais prévenu :

Vous avez un an pour vous préparer. Ce sera difficile.

La montée dès le village a annoncé la couleur. La pente a corrigé ceux qui s’étaient insuffisamment préparés. Les autres ont souffert. Ensemble, nous avons passé l’épreuve. Puis la longue crête vers le col nous a fait connaître l’effort patient, elle nous a sollicités jusqu’au bout de notre résolution sans l’entamer. Au col, le vent, le froid et la pluie nous firent un accueil glacial. Mais comme nous passions dans la Vallée de Bastan, le ciel clément nous a récompensés d’une vue plongeante sur le Lac de l’Oule. Une suite de lacs ont enchanté nos yeux et l’arrivée au refuge a soulagé bien des muscles fatigués. Une courte sieste après, gaillardement, nous avons pris nos bokkens pour un keiko d’altitude d’une heure trente. Il fallut bien nous arrêter car l’heure du repas du soir sonnait et une garbure nous attendait à la table du Refuge de Bastan. En fin de soirée, nous improvisâmes un festival de chants lyriques autant que montagnards. Puis nous glissâmes avec ravissement sous les couvertures.

Les 3 jours du Musashi Trek s’enchainèrent sans répit, avec un enthousiasme grandissant. Les keikos au bord des lacs ont laissé un souvenir puissant.

20170713_091500Photographie de Siegfried L. ©2017

Un jour de repos, puis ce fut le 10e Yama Keiko. D’un côté de la frontière à l’autre, nous nous sommes exercés à l’art si exigeant de Miyamoto Musashi aux lieux mêmes où Iwami soke s’était exclamé :

Musashi est présent !

Tant de fois nous avons senti sa présence. Au pied de parois de mille mètres, la pierre a lié sa force au sabre.

20170715_100313Photographie de Siegfried L. ©2017

Chaque jour, j’ai corrigé mes élèves. Chaque jour, j’étais inspiré par la fidélité à mon maître.

La tradition s’accomplit par la fidélité.

Nous n’avons pas peur

Je fais actuellement un cycle de conférences sur le thème « Art du sabre, paix intérieure, paix civile ». Je l’ai vécu comme une nécessité. Il me fallait dire publiquement que les arts martiaux par leur étude de la force et de son juste emploi s’oppose fondamentalement aux abus de violence, aux faux prétextes pour faire régner la terreur, pour se repaître de la crainte d’autrui.

L’attentat de Manchester hier fait suite aux attaques ici en France, mais aussi ailleurs en Europe et bien plus partout où des hommes désirent un pouvoir gorgé de sang.

Les arts martiaux ont conduit le Bouddha à comprendre la libération comme on sort d’une immobilisation, d’une contrainte faite à notre condition par notre ignorance même. Le karma est une leçon de guerrier qui énonce que nous devons vivre les conséquences de notre action comme autant d’ondes sur la surface de l’eau. Celui qui se plaît à la douleur d’autrui s’enchaîne aux liens de la douleur. Croyant s’en faire le maître, pensant servir la Cause des causes, il ne fait que s’aplatir devant son idole.

J’ai persévéré dans ce cycle de la parole sur les arts martiaux, soutenu par un public régulier et attaché au mieux-comprendre pour le mieux-vivre. J’espère faire ma part pour éteindre cette immonde incendie.

Le sabre enseigne ceci : « Nous n’avons pas peur. »

Après avoir introduit le sujet, j’aborde ensuite le 1er thème : Apprendre par le corps

Toujours aller de l’avant

Comme cette rivière, puissé-je toujours aller de l’avant comme cette rivière. Ainsi parle Maître Kong. Ce jour-là, j’invitais mes élèves à pousser le souffle comme cette eau qui coure. Ce n’est pas le travail habituel. Dans notre école, l’enseignement s’adapte aux élèves, aux circonstances, au jour.

Musashi Trek 2e jour, keiko au Lac de l’Ours

lacdeloursLac de l’Ours. Photographie de Nguyen Thanh Thien ©2002

Chaque lieu est unique. Chaque keiko l’est tout autant.

Nous pratiquons dans le dojo d’altitude avec le sentiment d’être de passage, attentifs au moment présent, donnant à l’instant sans retour possible.

Marchant, nous tombons sur une vaste pelouse bordant un lac. Nous posons nos sacs et pratiquons le temps d’une halte. Puis nous reprenons le chemin. Partis dans la nuit, nous serons au refuge avant la grande chaleur du jour.

Ensemble, nous unissons nos souffles. Chacun s’imprègne de la montagne et, à l’étape,  rend cette force dans le keiko.

2e jour du Musashi Trek

vallondestibereUn dojo d’extérieur comme le territoire de Vielle-Aure en regorge, Vallon d’Estibère. Photographie de Nguyen Thanh Thien ©2002

Comprendre la manière de marcher de Musashi et sa manière de regarder, saisir comment le seiho régénère, tels sont les enjeux du dojo d’extérieur. Ce dojo d’extérieur, par la prise d’altitude qu’autorise la montagne, change la hauteur que prennent nos idées et nos actes.

Le dojo est selon moi le lieu où vit l’exemple des ancêtres, la maison des maîtres, la porte vers un pays de miel et de lait. Cette terre si haute qu’elle exige de nous efforts et sueur nous fait ressentir que nous sommes invités, que nous en avons les devoirs et que nos actes doivent encore plus s’élever. Par sa rudesse extrême, cette terre modifie la portée du seiho, le chemin du sabre de Musashi.

Le dojo d’altitude hisse notre regard, plus qu’à notre habitude, et nous rend humbles, plus qu’à notre convenance.

Consultez notre page consacrée au Musashi Trek.