Respect

DSC02257Tout n’est pas plaisant dans l’Épine noire. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2018

Le respect de l’élève est de lui transmettre la difficulté de l’étude.

Le respect du maître est de préserver la difficulté de l’étude.

Le respect de soi est de dire cette difficulté au-delà de toute volonté de plaire, de séduire, de devenir populaire. Il est d’en témoigner.

Publicités

Seiho

DSC02308En toutes choses, interroger le lien ; en chaque chose, percevoir le cœur. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2018

Itto seiho, techniques au grand sabre.

Kodachi seiho, techniques au petit sabre.

Nito seiho, techniques aux deux sabres.

Bo seiho, techniques au bâton.

On commence par les premiers puis on accède aux suivants. Les élèves superficiels courent pour engranger le plus de techniques possibles. Les élèves plus profonds s’exercent aux premiers tant qu’ils n’en ont pas approché le cœur.

Qu’est-ce que le cœur des Itto seiho ? En quoi mènent-t-ils aux Kodachi seiho ? Comment les Nito seiho sont l’aboutissement des Kodachi seiho ? Que répondent les Bo seiho aux Nito seiho ? Que suggèrent les Bo seiho aux Itto seiho ?

Pour celles et ceux qui désirent accéder à la suite, je leur demanderai de répondre à ces questions.

Développer la Voie du sabre

Niten Japon 04 2006_79Iwami soke et Nguyen senseï devant le dHombu dojo.

Je suis allé à l’étranger visiter les maîtres de l’école de Musashi. Ils m’ont observé pendant 5 jours, du matin au soir. Au terme de ma visite, Imaï soke m’a dit : « Viens au Japon, je t’enseignerai. »

Plus tard au Japon, Iwami soke me donnait cours du matin au soir. Il me dit : « Fais un stage pour moi en France. » J’en ai fait 4 pour mon maître.

Au 3e stage, englobant d’un geste Paris et au-delà, par dessus les toits, il me dit : « Je vois pour toi un grand succès. » Au 4e, dans les montagnes des Pyrénées, il me dit : « C’est comme chez moi. »

Depuis, les élèves viennent régulièrement me voir pour étudier la Voie du sabre selon Musashi. Un noyau s’est constitué et nous œuvrons au développement de l’école en France. Pour mieux répondre à l’attente de mes maîtres et aux besoins de mes élèves, je mets en place une nouvelle organisation de l’enseignement, une structuration plus affinée impliquant Groupes informels, Groupes de Pratique et Groupes d’Étude. Visitez notre page dédiée.

11e Yama Keiko

Le 11e Yama Keiko sera consacré au travail du souffle et de la posture. Avec le stage de perfectionnement au Unjo An (Corrèze), il est l’indispensable complément de nos cours hebdomadaires. Il est un moment pour que tous, nous nous réunissions et apprenions à faire vivre l’esprit de l’école, les anciens transmettant aux nouveaux, les dojos et les groupes d’étude échangeant leurs expériences. Il est aussi le moyen par lequel les maîtres ont su transmettre l’exigence, la volonté d’excellence, la plus haut niveau. Les enseignants aiment à s’y retrouver pour ensuite partager ce qu’ils y ont récolté. Comme l’avait dit Iwami soke : « Musashi est présent. »

Lire la suite

Écouter avec une attention première

Quand le maître raconte une histoire, cette histoire dit quelque chose du moment,  de la difficulté de l’élève à ce moment, … et donc j’étais attentif à ce qui faisait que l’histoire à ce moment du cours était nécessaire. Tout d’un coup, le maître ne racontait pas l’histoire pour la 10e fois mais pour la première fois.

extrait de la conférence

Je suis Shinmen Musashi…

J’étudie l’enseignement d’Iwami soke (11e Grand-Maître) mon maître, comme lui-même étudiait la leçon du sien. Dans cette vidéo, vous pouvez nous voir face à face. Il y a aussi Kajiya soke (12e Grand-Maître). Cependant, je n’ai eu qu’un seul maître même si je dois dire qu’Imaï soke (10e Grand-Maître) m’a donné quelques leçons. Il était important pour lui que je puisse dire que j’ai été son élève aussi. Il m’avait invité au Japon après m’avoir examiné lors d’une rencontre à l’étranger.

Mon enseignement aujourd’hui est fondé sur les nombreux cours que j’ai reçus d’Imaï soke et d’Iwami soke. Comme le disait Maître Suzuki, le Maître de Thé de mon amie Madame Obha : « J’enseigne ce qui n’est pas confié aux livres. »

Le sabre comme accès au Monde

Par les voies et par les chemins, par l’itinéraire choisi, le geste et à sa suite, le sabre, ouvrent un accès au Monde, un réseau de routes. Par l’estoc, la taille et l’entaille, le sabre esquisse tant de sentes qu’il finit par dessiner une carte du Monde, sa représentation. Le geste devient à ce moment une source de connaissances. Il crée une manière d’intelligence qui serait ancienne, antérieure au symbole et au concept. Il accoucherait d’un actecept.

Retour au dojo

20170713_093235Photographie de Corine B. ©2017

La rentrée des classes est un moment dont nous gardons tous des souvenirs. Regrets d’un temps estival où les courses nous entraînaient à travers bois et prés, quand les goûters marquaient l’arrivée d’une soirée s’ouvrant sur une nuit pleine de nouveaux mystères, lorsque la discipline des vacances exige de nous de n’avoir gâché aucune heure, les sentiments, qui nous tiennent dès septembre venu, sont bien ceux d’une nostalgie sur un temps suspendu, entre deux quotidiens qui bordent et restreignent l’émerveillement, ce commencement magnifique qui ouvre la leçon.

Septembre est aussi celui d’un retour à la classe, de retrouvailles en série de camarades et d’enseignants. Pour l’adulte, il est ce moment quand, en fin de journée, nos pas prennent le chemin du dojo et que notre attitude se redresse. La leçon du maître revit au moment où la discipline revient, lorsque l’élève noue sa ceinture et affermit sa détermination. Au loin, à son retour du Kaze no Tani Kan, la Maison de la Vallée des Vents,  il revit le grand air des sommets qu’il a côtoyés, le vent qui balayait les vagues des lacs, l’ombre bienvenue des pins quand le soleil se fait trop intense. Pour un enseignement plus avancé, certains ont accompli les stages de perfectionnement au Unjo An, l’Ermitage au-dessus des Nuages, dans une concentration et un calme qui renforcent l’unité dans l’action. Plein de cette énergie amassée aux flancs des montagnes et fort d’un retour vers une plus grande intériorité, pour chacune de nos deux disciplines, Hyoho Niten Ichi Ryu, le kenjutsu de Musashi, et le Ringenkaï Aïkido,  l’élève se présente au dojo en septembre d’un allant renforcé pour une saison nouvelle.

Cette année, nous avançons. Cette progression est à la fois chemin et manière, celle de notre école, nôtre particulièrement. Elle est tao, do en japonais, littéralement voie et manière. Le sabre, chez nous, marche de pair avec la main nue, la ligne droite se prolongeant dans la courbe, main dans la main. Au programme de l’année, j’aperçois une attention aux équilibres, aux fondamentaux, à ces exigences qui libèrent notre énergie. Plus encore, plus loin, je déroule le rouleau de la leçon, celle de mes maîtres, Iwami Toshio soke et Noro Masamichi senseï. A chaque détail, je retrouve la technique du maître accolée à sa manière, l’une fondant l’autre. En tant que leur élève, je me remémore et je transmets. En tant qu’enseignant, j’enseigne et je me souviens.

Avec plaisir, nous nous retrouverons très bientôt.

L’actecept geste le Monde

Je pense qu’au-delà de l’action comme moyen d’atteindre un but, le geste que nous esquissons crée un chemin vers l’objet ou l’être qui nous fait face et que nos gestes sont autant de chemins qui dessinent une carte du Monde. Les mouvements du corps ne sont pas équivalents entre eux. Le lever de bras n’est pas identique d’un art martial à l’autre. Selon qu’il s’appuie sur l’épaule, le bassin ou les pieds, il organise le corps et l’espace différemment. Selon l’amplitude choisie, il dit le territoire qui est nôtre et celui qui est à l’autre. Le geste structure l’espace et crée un champ. À creux de ce champ, gisent des difficultés que l’élève doit ramasser et étudier. Mais il ne doit pas les jeter au loin car elles sont le rébus qui donne la leçon. Je pense que les hommes lointains qui ne connurent pas le concept et, en un temps, pas encore le symbole, durent recourir au minimum qui est le corps comme premier outil d’investigation du monde. Sous cet angle, nous vivons sur le même palier. Charles Malamoud écrivit Lokapakti, Cuire le Monde en lui donnant pour sous-titre Rite et pensée dans l’Inde ancienne comme pendant au fameux Mythe et pensée chez les Grecs. Études de psychologie historique de Jean-Pierre Vernant. Il désirait montrer que la pensée sous d’autres latitudes naissaient non pas de mythes mais des actes même des Dieux, que la geste des dieux en Inde naissait de leurs gestes même. Il déplaçait le lieu de production de la pensée pour la situer non pas dans la mise en texte mais dans la mise en actes, non pas dans la conception mais dans la gest-ation. La distance entre la Grèce et l’Inde pouvait s’énoncer ainsi sous le rapport qu’esquissait Charles Malamoud et son ami Vernant de la même question : «Comment est produite la pensée ?» ou plus précisément «De quel lieu naît la pensée ?» Je tombais plus tard sur la notion de percept qu’introduisit Deleuze qui serait une perception du monde qui le structure et le définit au moment où est reçue la perception de celui-ci. Pour ma part, je vis qu’avant la perception vient le geste qui agit et perçoit en un même temps et que le geste naît de l’intention sans qu’il puisse y avoir un délai entre les deux. La perception qui viendrait à la suite du geste serait comme l’écho d’un chant, affaibli et distordu. J’aimerai voir un acte-cept qui structurerait le monde aux côtés du percept et du concept. Je ne peux me résigner à voir la pensée humaine s’échouer sur la rive du concept avec un panneau planté dans le sable, terminus de l’aventure des humains.

Avant-propos de Nguyen Thanh Thien, in Le champ des arts martiaux; la scène du sacrifice. Propos croisés sur des formes de rituels dans le monde sino-japonais et dans l’Inde. Charles Malamoud et Nguyen Thanh Thiên, 2013, pp.16-17

Suivre le geste de Musashi nous fait entrer dans sa représentation du Monde.