L’œuf puis la poule

La lutte des Anciens et des Modernes traverse tous les enseignements. Elle dit le voile lancé sur la forme et qui dresse une génération contre la suivante. Je prends ici l’exemple de mon maître en Aïkido et je digresse !

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À la Une

Stage d’automne 19/11

DSC_9686Le stage trimestriel nous fait pénétrer en profondeur dans l’exploration des formes et de l’énergie. Photographie Nguyen Thanh Khiet © 2016

Date : 19 novembre 2017
Horaire : 15h30-19h30
Lieu : COSEC 29 rue des 2 piliers
95350 Saint-Brice-sous-Forêt
Page du dojo

Bulletin d’inscription ci-dessous (obligatoire)

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L’art de se diriger

La capacité à diriger ses pas, son action, sa vie, sont la marque de l’homme responsable. Il lui faut discerner un chemin vers un devenir, au milieu d’une infinité de possibles. Les arts martiaux, comme arts libéraux, œuvrent à améliorer la vision de chacun de son destin. Ces arts martiaux aident à la fabrication de nos destins individuels et collectifs par la sagacité, par la lucidité, par la vision claire.

Lorsque nous rencontrons des personnes avides d’attention et de gloire éphémère, nous pourrions être déboussolés et désorientés par leurs menaces et les craintes qu’ils brandissent. Ils nous annoncent que nous sommes inutiles, inefficaces, faibles. Ils nous susurrent que la tradition a failli et que les maillons ont rompu : « L’homme est faible et la transmission est défaite. Que ferrez-vous quand viendra la nuit pleine de noirceurs ? » Ce ne sont que fariboles et carabistouilles. Il suffit de chercher et le maître vrai se présente à l’élève sincère. Ces paroles de marchand cherchent à vendre leur méthode de combat, leur technique de commando, leur coup fatal. Ils dessinent à grand renfort de magazines et de mangas des brutes ivres de violence. Ils font de nos peurs boutique. Ces sans-vergogne poussent à acheter une domination hors limite, un accouche-douleur qui vrillerait le corps de l’ennemi. Ils font espérer aux sans-courage un règne sans dispute sur la jungle de la rue. Ils promettent de nous transformer en Zartan, Roi de l’Asphalte. À ces boutiquiers qui nous voient comme des gallinettes effarouchées, je réponds que je demeure serein. Mon chemin et ma manière sont dédiés aux maîtres, à leurs leçons, à leur vision, pour ouvrir « la Voie du meilleur sur le chemin du pire ».

J’en rencontre aussi qui courent au meilleur sans se confronter au pire de l’homme. J’en perçois encore qui renoncent au meilleur de l’homme et se hâte au pire d’eux-mêmes. Ces esprits égarés n’ont pas entendu l’espoir des maîtres. Pour nous, pour les générations futures, ils ont enseigné l’art de se diriger, de pénétrer le conflit, de s’y maintenir et d’en ressortir humains, préservant les corps sans rejeter l’esprit. L’art martial est un art du voyage, un périple plein de péripéties qui nous mènerait à bon port.

Qu’étudiez-vous chaque jour ?

Dans le peu qu’on lui donne, l’élève doit chercher le reste car on lui dévoile dès le premier cours l’essentiel. Il n’y a plus alors de place pour la plainte, l’insatisfaction, le retour en magasin. L’élève doit se contenter de peu car ce peu est fait de l’essentiel. Avec sagacité, il peut à ce moment reconnaître dans le fruit la promesse de l’arbre.

J’ai toujours été reconnaissant à mes maîtres pour le peu qu’il me donnaient. Parfois, ils me donnaient plus mais comme j’avais peu de temps pour tout étudier, je revenais rapidement à l’élémentaire, à la graine que j’examinais avant d’aborder la plante. La plante était pour moi du domaine de l’application, la graine celui de l’étude fondamentale.

Dans mon école de sabre, je reviens à Sassen. Ce fut la réponse à la question que posa Maître Ricard Pous-Cuberes à un maître de 80 ans : « Qu’étudiez-vous chaque jour ? » Le vieux maître de murmurer : « Sassen. »

Me contentant de peu, je suis plein de gratitude. Je n’ai pas besoin de calomnier les maîtres, les enseignants de seconde génération, les intermédiaires multiples. J’ai reçu un peu, un rien, juste le nécessaire. J’ai goûté au « Cela n’étant pas, ceci n’est pas. » Je n’ai pas besoin d’aller jusqu’à la condition suffisante : « Cela étant, ceci est. »

Je crois que le chemin vers la maîtrise passe par le nécessaire. Le chemin du consommateur, ce choix qui n’est pas le mien, réclame le suffisant, la recette miracle, l’imposition de main du maître charismatique. Pour moi, sur mon chemin, rien ne garantit que la leçon soit comprise, entendue, clairement perçue. À celle ou celui qui suit cette voie, il ne reste que le cheminement, l’effort de l’ascension, la possibilité d’une chute. Cependant, si j’agis ainsi, c’est parce que mes maîtres ont parcouru cette manière avant moi et qu’ils ont témoigné qu’elle mène à bon port, et puis parce que je ne suis pas consommateur, que je suis étudiant, que je tends vers les hauteurs.

Je vais vers l’exigence et je fuis la réclame.

Do contre jo, jo avec do

Dans « dojo », il y a une contradiction qu’il faut dépasser, do voie et jo maison, entre manière éphémère d’un maître et style persistant d’une école. Il se crée alors une dialecte féconde entre ces opposés, un dépassement incessant devant la limite, un retour sans fin vers l’origine.

Écouter avec une attention première

Quand le maître raconte une histoire, cette histoire dit quelque chose du moment,  de la difficulté de l’élève à ce moment, … et donc j’étais attentif à ce qui faisait que l’histoire à ce moment du cours était nécessaire. Tout d’un coup, le maître ne racontait pas l’histoire pour la 10e fois mais pour la première fois.

extrait de la conférence

Du salut

Le salut tranche dans le temps, dans notre attention à ce qui passe, créant l’avant et l’après, déterminant le préalable et le consécutif. Il ouvre une séquence où l’on vit l’exigence, préparant à ce qui suit le conflit.

Je suis Shinmen Musashi…

J’étudie l’enseignement d’Iwami soke (11e Grand-Maître) mon maître, comme lui-même étudiait la leçon du sien. Dans cette vidéo, vous pouvez nous voir face à face. Il y a aussi Kajiya soke (12e Grand-Maître). Cependant, je n’ai eu qu’un seul maître même si je dois dire qu’Imaï soke (10e Grand-Maître) m’a donné quelques leçons. Il était important pour lui que je puisse dire que j’ai été son élève aussi. Il m’avait invité au Japon après m’avoir examiné lors d’une rencontre à l’étranger.

Mon enseignement aujourd’hui est fondé sur les nombreux cours que j’ai reçus d’Imaï soke et d’Iwami soke. Comme le disait Maître Suzuki, le Maître de Thé de mon amie Madame Obha : « J’enseigne ce qui n’est pas confié aux livres. »