Kenjutsu 2017

En 2016, nous avions montré les seiho de notre école. Cette année, pour ne pas faire dans une surenchère spectaculaire, nous avons préféré montrer un cours tel que nous le vivons avec parfois nos originalités. Le vrai secret est le travail régulier bien dirigé. C’est bien ce que démontrent les pratiquants devant le public de Saint-Brice.

Images de Sylvain P.
Gala des Arts martiaux de Saint-Brice sous Forêt, France
10 juin 2017

 

Pour le Monde entier

Oympus-XA009.2x3.02Photographie de Nguyen Thanh Thien © 2017

Étudier le sabre de Musashi nous incite à un changement de perspective. Ce point de vue singulier nous invite à voir avec des yeux de samouraï, avec des yeux bridés, avec une vue qui vient de nos antipodes. Il est un voyage vers un regard venant d’un lointain ailleurs, d’un temps révolu.

Cette étude exige de nous un décentrement. Cependant, les maîtres japonais nous l’ont offert sans rien retenir en énonçant : « Le sabre de Musashi est pour le Monde entier. » Si nous entendons ces paroles, entendons-nous l’obligation qui nous est faite de l’accueil de l’étranger ? Cultivons-nous le respect qui lui est dû et quand bien même cet art du sabre nous devenait un jour familier, il faudrait que nous sachions lui conserver un parfum d’étrangeté qui résistât à une étude inlassable, nous murmurant : « Attends demain et tu en sauras plus. » Par attendre, nous devons comprendre : travailler toujours sans penser avoir épuisé le sujet.

Le regard des maîtres nous indique un devenir, celui qui transforme l’élève en maître, celui qui bouscule nos certitudes pour en faire des doutes et les doutes des études renouvelées. J’écoute et on m’explique des positions tranchées. Toutefois, je me réserve la possibilité d’interroger encore et encore. Si je tranche, c’est avec une infinie précaution, avec le sentiment de devoir imiter mes maîtres et d’agir pour le Monde entier, avec cœur.

 

Est possible ce que je n’ai pas encore prouvé impossible

DSC_5951Photographie de Suzuki Nagisa © 2017

J’entends : « C’est improbable ! » contré immédiatement par « Oui mais c’est possible ! »

Voyons ce que nous enseigne Miyamoto Musashi sur ces choix.

Improbable

Ces personnes ne connaissent pas l’histoire. Ces gens n’écoutent pas l’expérience. Si je devais ne me diriger que par cette boussole, je ne serai pas devenu l’élève de mes maîtres, je n’aurai pas reçu l’enseignement du 10e et du 11 soke de la Hyoho Niten Ichi Ryu. Musashi n’aurait pas vaincu seul le clan Yoshioka et défait sans aide et en un combat 60 membres de cette école de sabre qui l’attendaient en embuscade. A la Bataille de Gaugamèles, Alexandre le Grand opposa 40 000 soldats à 300 000 guerriers perses et l’emporta. La flotte coréenne à la Bataille de Myong-Yang avança 13 navires face à 333 bateaux japonais et vainquit son adversaire. Les arts martiaux ne tiennent pas compte de l’improbable. Nous ne rejetons jamais la plus faible probabilité sous peine de subir une cuisante défaite.

Possible

Le possible est le champ de notre étude. L’impossible est ce que nous éprouvons par notre art. Quand on me dit « C’est impossible », je me dois de le vérifier concrètement. Accepter qu’une chose soit impossible sans immédiatement le vérifier par l’expérience démontrerait un esprit servile, une attitude de laquais, une joie maculée à se coucher plus bas. Est possible ce que je n’ai pas encore prouvé impossible. Ceci est mon esprit combattant.

Dimanche

En homme de sabre, je ne tiens pas compte de l’ordre de l’improbable. Je considère le possible et je choisis la paix, la concorde, le progrès de l’homme. Ce que je ne veux pas dans le dojo, je ne le souhaite pas en dehors. Je rejette le fascisme.