Écouter avec une attention première

Quand le maître raconte une histoire, cette histoire dit quelque chose du moment,  de la difficulté de l’élève à ce moment, … et donc j’étais attentif à ce qui faisait que l’histoire à ce moment du cours était nécessaire. Tout d’un coup, le maître ne racontait pas l’histoire pour la 10e fois mais pour la première fois.

extrait de la conférence

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Du salut

Le salut tranche dans le temps, dans notre attention à ce qui passe, créant l’avant et l’après, déterminant le préalable et le consécutif. Il ouvre une séquence où l’on vit l’exigence, préparant à ce qui suit le conflit.

Je suis Shinmen Musashi…

J’étudie l’enseignement d’Iwami soke (11e Grand-Maître) mon maître, comme lui-même étudiait la leçon du sien. Dans cette vidéo, vous pouvez nous voir face à face. Il y a aussi Kajiya soke (12e Grand-Maître). Cependant, je n’ai eu qu’un seul maître même si je dois dire qu’Imaï soke (10e Grand-Maître) m’a donné quelques leçons. Il était important pour lui que je puisse dire que j’ai été son élève aussi. Il m’avait invité au Japon après m’avoir examiné lors d’une rencontre à l’étranger.

Mon enseignement aujourd’hui est fondé sur les nombreux cours que j’ai reçus d’Imaï soke et d’Iwami soke. Comme le disait Maître Suzuki, le Maître de Thé de mon amie Madame Obha : « J’enseigne ce qui n’est pas confié aux livres. »

Le sabre comme accès au Monde

Par les voies et par les chemins, par l’itinéraire choisi, le geste et à sa suite, le sabre, ouvrent un accès au Monde, un réseau de routes. Par l’estoc, la taille et l’entaille, le sabre esquisse tant de sentes qu’il finit par dessiner une carte du Monde, sa représentation. Le geste devient à ce moment une source de connaissances. Il crée une manière d’intelligence qui serait ancienne, antérieure au symbole et au concept. Il accoucherait d’un actecept.

Retour au dojo

20170713_093235Photographie de Corine B. ©2017

La rentrée des classes est un moment dont nous gardons tous des souvenirs. Regrets d’un temps estival où les courses nous entraînaient à travers bois et prés, quand les goûters marquaient l’arrivée d’une soirée s’ouvrant sur une nuit pleine de nouveaux mystères, lorsque la discipline des vacances exige de nous de n’avoir gâché aucune heure, les sentiments, qui nous tiennent dès septembre venu, sont bien ceux d’une nostalgie sur un temps suspendu, entre deux quotidiens qui bordent et restreignent l’émerveillement, ce commencement magnifique qui ouvre la leçon.

Septembre est aussi celui d’un retour à la classe, de retrouvailles en série de camarades et d’enseignants. Pour l’adulte, il est ce moment quand, en fin de journée, nos pas prennent le chemin du dojo et que notre attitude se redresse. La leçon du maître revit au moment où la discipline revient, lorsque l’élève noue sa ceinture et affermit sa détermination. Au loin, à son retour du Kaze no Tani Kan, la Maison de la Vallée des Vents,  il revit le grand air des sommets qu’il a côtoyés, le vent qui balayait les vagues des lacs, l’ombre bienvenue des pins quand le soleil se fait trop intense. Pour un enseignement plus avancé, certains ont accompli les stages de perfectionnement au Unjo An, l’Ermitage au-dessus des Nuages, dans une concentration et un calme qui renforcent l’unité dans l’action. Plein de cette énergie amassée aux flancs des montagnes et fort d’un retour vers une plus grande intériorité, pour chacune de nos deux disciplines, Hyoho Niten Ichi Ryu, le kenjutsu de Musashi, et le Ringenkaï Aïkido,  l’élève se présente au dojo en septembre d’un allant renforcé pour une saison nouvelle.

Cette année, nous avançons. Cette progression est à la fois chemin et manière, celle de notre école, nôtre particulièrement. Elle est tao, do en japonais, littéralement voie et manière. Le sabre, chez nous, marche de pair avec la main nue, la ligne droite se prolongeant dans la courbe, main dans la main. Au programme de l’année, j’aperçois une attention aux équilibres, aux fondamentaux, à ces exigences qui libèrent notre énergie. Plus encore, plus loin, je déroule le rouleau de la leçon, celle de mes maîtres, Iwami Toshio soke et Noro Masamichi senseï. A chaque détail, je retrouve la technique du maître accolée à sa manière, l’une fondant l’autre. En tant que leur élève, je me remémore et je transmets. En tant qu’enseignant, j’enseigne et je me souviens.

Avec plaisir, nous nous retrouverons très bientôt.

Musashi Trek & 10e Yama Keiko

20170713_093235Photographie de Corine B. ©2017

Nous venons de terminer une grande aventure où les étudiants du sabre de Musashi ont gravi des montagnes, passé des cols et longé des lacs à l’eau transparente, emportant leurs sabres avec eux. Ce fut dur, parfois âpre, froid par moments, chaleureux souvent.

J’avais prévenu :

Vous avez un an pour vous préparer. Ce sera difficile.

La montée dès le village a annoncé la couleur. La pente a corrigé ceux qui s’étaient insuffisamment préparés. Les autres ont souffert. Ensemble, nous avons passé l’épreuve. Puis la longue crête vers le col nous a fait connaître l’effort patient, elle nous a sollicités jusqu’au bout de notre résolution sans l’entamer. Au col, le vent, le froid et la pluie nous firent un accueil glacial. Mais comme nous passions dans la Vallée de Bastan, le ciel clément nous a récompensés d’une vue plongeante sur le Lac de l’Oule. Une suite de lacs ont enchanté nos yeux et l’arrivée au refuge a soulagé bien des muscles fatigués. Une courte sieste après, gaillardement, nous avons pris nos bokkens pour un keiko d’altitude d’une heure trente. Il fallut bien nous arrêter car l’heure du repas du soir sonnait et une garbure nous attendait à la table du Refuge de Bastan. En fin de soirée, nous improvisâmes un festival de chants lyriques autant que montagnards. Puis nous glissâmes avec ravissement sous les couvertures.

Les 3 jours du Musashi Trek s’enchainèrent sans répit, avec un enthousiasme grandissant. Les keikos au bord des lacs ont laissé un souvenir puissant.

20170713_091500Photographie de Siegfried L. ©2017

Un jour de repos, puis ce fut le 10e Yama Keiko. D’un côté de la frontière à l’autre, nous nous sommes exercés à l’art si exigeant de Miyamoto Musashi aux lieux mêmes où Iwami soke s’était exclamé :

Musashi est présent !

Tant de fois nous avons senti sa présence. Au pied de parois de mille mètres, la pierre a lié sa force au sabre.

20170715_100313Photographie de Siegfried L. ©2017

Chaque jour, j’ai corrigé mes élèves. Chaque jour, j’étais inspiré par la fidélité à mon maître.

La tradition s’accomplit par la fidélité.

Toujours aller de l’avant

Comme cette rivière, puissé-je toujours aller de l’avant comme cette rivière. Ainsi parle Maître Kong. Ce jour-là, j’invitais mes élèves à pousser le souffle comme cette eau qui coure. Ce n’est pas le travail habituel. Dans notre école, l’enseignement s’adapte aux élèves, aux circonstances, au jour.