La leçon comme une vague silencieuse

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Le matin alors que je vais pratiquer, une demi-lune passe sur le sommet du Pic d’Aret. Ce stage d’hiver, il y avait des élèves de Tarbes et de Pau, des pratiquants de karate. Nous avons d’abord travaillé la marche spécifique à Musashi, puis la saisie du sabre et la première technique, Sassen. Seulement plus tard, nous avons abordé les 7 premiers seiho. Enfin, nous les avons exécuté par paires.

Cinq heures ont passé qui furent bien remplies. Il faut être sérieux. Mes élèves sont enthousiastes. Nous sommes patients. Nous sommes sereins quant à la venue des progrès. Le temps œuvre pour l’enseignement. La montagne, une vague de pierre qui se lève et passe la perception des hommes, nous offre son exemple. La leçon de Musashi avance avec l’avancée des élèves et gagne les terres du Sud-Ouest. La lune veille sur le dojo, même en plein jour.

Stage kenjutsu 5 mars : Tora Buri, Aïsen et Migi Waki Kamae

DSC_9686Le stage mensuel nous fait pénétrer en profondeur dans l’exploration des formes et de l’énergie. Photographie Nguyen Thanh Khiet © 2016

  • Tora Buri Itto seiho
  • Aïsen Kodachi seiho
  • Migi Waki Kamae Nito seiho

Date : 5 février 2017
Horaire : 15h30-19h30
Lieu : COSEC 29 rue des 2 piliers
95350 Saint-Brice-sous-Forêt
Page du dojo

Bulletin d’inscription ci-dessous (obligatoire)

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Vue depuis le Refuge de Viados

08.2005 059Passez la frontière et découvrez une autre montagne. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2005

Depuis nos villes, nos rues, nos bureaux, il est difficile d’envisager la richesse qui nous entoure, qui nous habite, qui se révèle à notre regard. Voir le seiho comme une succession d’efforts, de compréhensions, depuis notre début, depuis les premiers maîtres, depuis Musashi lui-même. Il nous faut apprendre à voir et à pratiquer par strates. Il nous faut saisir la richesse d’une pratique qui dépose chaque jour une lumière nouvelle.

Le Yama Keiko est un moment où nous nous immergeons dans les forces vives de la nature. En 2017, nous fêterons le 10ème Yama keiko. Ce rendez-vous annuel dans les montagnes des Pyrénées sera complété cette année par un Musashi Trek.

Le pied et le mètre

DSCF0379Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2017

Dans les arts, il faut absolument intégrer la technique. Nous devons explorer les verticales et les horizontales, être précis dans les diagonales, respecter les alternances, écouter les rythmes. Une fois le cadre connu et examiné en profondeur, alors il est temps de s’y promener, d’en faire son domaine, selon son pas. Il y a un dialogue fructueux entre les contraintes extérieures et les capacités personnelles. Pour atteindre cette richesse d’échange, nous devons respecter chaque terme de la relation, les exigences de l’art et soi.

Quand les arts martiaux prennent la route

DSCF8214Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2016

Je suis entré en contact avec la Hyoho Niten Ichi Ryu en 1998 quand les koryus sont venus en France montrer au public français leurs anciennes et vénérables traditions. Il s’agissait d’une volonté commune des koryu de s’ouvrir aux non-Japonais. En 2000, j’ai retrouvé Imaï soke et Iwami senseï à l’Exposition Universelle de Hanovre. En 2004 à Saint-Brice sous Forêt, Iwami soke accompagné de 3 senseï, enseigna à 75 élèves européens pour la 1ère fois.

Les arts et les traditions voyagent. Les hommes voyagent, échangent et partagent. Nous devons garder les routes ouvertes et nous devons maintenir ouvertes nos portes. J’ai tenu à entrer dans la Hyoho Niten Ichi Ryu en gardant la porte ouverte derrière moi.

Bien sûr, si la Hyoho Niten Ichi Ryu est pour tout le monde, tout le monde n’est pas fait pour la Hyoho Niten Ichi Ryu. D’autres koryu peuvent être plus en correspondance, en affinité, en harmonie avec tel ou telle élève. D’autres arts aussi. Nous devons maintenir avec intransigeance les caractéristiques de notre sabre et pourtant être tolérants.

Nous avons bénéficié de l’ouverture et du maintien des routes, celles d’aujourd’hui répondant aux chemins et voies d’autrefois, à l’instar des Routes de la Soie. Près de 2 de nos dojos, passent des Chemins de Compostelle. À 15km de notre dojo Kaze no Tani Kan, par le Port de Bielsa, un col des Pyrénées, sont passés les derniers républicains fuyant la dictature de Franco. Nous construisons nos dojos sur le bord des chemins. Nous avons suivi les soke qui vinrent en Europe et qui nous invitèrent en retour dans leurs dojos privés au Japon. Quand les arts martiaux prennent la route, on les appellent budo, guerrier-voie.

Ne fermons pas les routes, les cols, les portes. N’érigeons pas les murs. Suivons l’exemple des maîtres. Partageons !

Face à Musashi

Niten le OFF - France 2004_40Nguyen Thanh Thien et Iwami soke, Saint-brice sous Forêt, France. Bruno de Hogues 2004

Recevoir un enseignement de la Hyoho Niten Ichi Ryu, c’est toujours se présenter devant Musashi. Le dojo est le lieu de cette réception. Il n’est pas un lieu ou un temps spécifiques ; il n’est pas d’ici ou d’ailleurs. Ce moment, je l’ai vécu, je le vis encore. Il n’est pas enfermé dans le passé ni à attendre au futur. De tous temps et de tous lieux, le dojo est la réception de la leçon.

Le dojo est d’abord construit sur notre concentration, celle du maître qui donne, celle de l’élève qui reçoit. Bien sûr, il y a des dojos de ville, de campagne, de montagne et de mer. Mais il n’y en a pas sans concentration, sans unité indivise de l’attention.

Je me souviens de ce matin d’octobre, bien avant que le jour ne se lève. Le souvenir de cet instant me tient parfois éveillé la nuit. Depuis toutes ces années, j’interroge encore le désir de mon maître de transmettre, de passer l’esprit et le sabre de Musashi.

La peau du sabre de Musashi

PAR_3003Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2015

Nous voyons tous une surface qui présente des aspérités, nous percevons une unité qui les lie, une vie qui les aboutit.

Nous pouvons tout autant sentir les millions d’années que cette trame de boursoufflures a traversés. Cette surface est aussi une carapace, une protection résistante et belle. Cette écorce, car c’en est une, résiste au froid comme au mordant du soleil, à la sécheresse comme aux pluies torrentielles. Elle est fine, on peut la peler. On peut en parer des objets. On en oublierait qu’elle est redoutablement efficace.

Nos gestes, ces mouvements qui conduisent la lame du sabre, sont beaux, anciens, redoutables. On les croirait de métal habillés alors qu’ils sont portés par la chair. Derrière cette chair, plus effilé que la lame, se tient notre esprit, un esprit qui a forgé la chair, les muscles et les os. Sabre-esprit-chair, nous œuvrons à cette unité. Le sabre de Musashi appelle cette exigence.

D’autres écoles de sabre sont à nos côtés. Cependant, ma sensibilité va à Musashi. C’est plus qu’un choix, c’est une rencontre. D’autres rencontres existent, la mienne fut avec Musashi.

Irréductible à toute volonté tierce

PAR_3116Châtaigneraie de Montmorency, France. Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2015

Mon école de sabre est une koryu, une école ancienne. Elle a 400 ans. En tant que koryu, elle est encore jeune. Comme un châtaignier, elle peut vivre au-delà de 1000 ans. Ses racines plongent à 100m. Parfois, il est visité par des maladies, des parasites ou la foudre. Pour lui, ce ne sont que des péripéties. Chaque année, il couvre le sol de ses bogues et nourrit les habitants de la forêt de la chair de ses fruits. Bienveillant, il les prépare à la venue de l’hiver.

Une koryu est ainsi tournée qu’elle fortifie celles et ceux qui l’étudient. Il arrive que certains se trompent et cherchent à tirer un profit personnel de l’étude, accaparant une vitalité généreuse pour une vue étroite de leur intérêt. Peine perdue, l’arbre et la koryu continuent leur chemin. Ils poussent leur énergie selon un tracé connu d’eux seuls. Irréductibles à toute volonté tierce, ils vont dans le secret de leur voie.

À nos yeux, leur âge est vénérable quand, pour eux, tout ne fait que commencer.