Je suis Shinmen Musashi…

J’étudie l’enseignement d’Iwami soke (11e Grand-Maître) mon maître, comme lui-même étudiait la leçon du sien. Dans cette vidéo, vous pouvez nous voir face à face. Il y a aussi Kajiya soke (12e Grand-Maître). Cependant, je n’ai eu qu’un seul maître même si je dois dire qu’Imaï soke (10e Grand-Maître) m’a donné quelques leçons. Il était important pour lui que je puisse dire que j’ai été son élève aussi. Il m’avait invité au Japon après m’avoir examiné lors d’une rencontre à l’étranger.

Mon enseignement aujourd’hui est fondé sur les nombreux cours que j’ai reçus d’Imaï soke et d’Iwami soke. Comme le disait Maître Suzuki, le Maître de Thé de mon amie Madame Obha : « J’enseigne ce qui n’est pas confié aux livres. »

Publicités

Retour au dojo

20170713_093235Photographie de Corine B. ©2017

La rentrée des classes est un moment dont nous gardons tous des souvenirs. Regrets d’un temps estival où les courses nous entraînaient à travers bois et prés, quand les goûters marquaient l’arrivée d’une soirée s’ouvrant sur une nuit pleine de nouveaux mystères, lorsque la discipline des vacances exige de nous de n’avoir gâché aucune heure, les sentiments, qui nous tiennent dès septembre venu, sont bien ceux d’une nostalgie sur un temps suspendu, entre deux quotidiens qui bordent et restreignent l’émerveillement, ce commencement magnifique qui ouvre la leçon.

Septembre est aussi celui d’un retour à la classe, de retrouvailles en série de camarades et d’enseignants. Pour l’adulte, il est ce moment quand, en fin de journée, nos pas prennent le chemin du dojo et que notre attitude se redresse. La leçon du maître revit au moment où la discipline revient, lorsque l’élève noue sa ceinture et affermit sa détermination. Au loin, à son retour du Kaze no Tani Kan, la Maison de la Vallée des Vents,  il revit le grand air des sommets qu’il a côtoyés, le vent qui balayait les vagues des lacs, l’ombre bienvenue des pins quand le soleil se fait trop intense. Pour un enseignement plus avancé, certains ont accompli les stages de perfectionnement au Unjo An, l’Ermitage au-dessus des Nuages, dans une concentration et un calme qui renforcent l’unité dans l’action. Plein de cette énergie amassée aux flancs des montagnes et fort d’un retour vers une plus grande intériorité, pour chacune de nos deux disciplines, Hyoho Niten Ichi Ryu, le kenjutsu de Musashi, et le Ringenkaï Aïkido,  l’élève se présente au dojo en septembre d’un allant renforcé pour une saison nouvelle.

Cette année, nous avançons. Cette progression est à la fois chemin et manière, celle de notre école, nôtre particulièrement. Elle est tao, do en japonais, littéralement voie et manière. Le sabre, chez nous, marche de pair avec la main nue, la ligne droite se prolongeant dans la courbe, main dans la main. Au programme de l’année, j’aperçois une attention aux équilibres, aux fondamentaux, à ces exigences qui libèrent notre énergie. Plus encore, plus loin, je déroule le rouleau de la leçon, celle de mes maîtres, Iwami Toshio soke et Noro Masamichi senseï. A chaque détail, je retrouve la technique du maître accolée à sa manière, l’une fondant l’autre. En tant que leur élève, je me remémore et je transmets. En tant qu’enseignant, j’enseigne et je me souviens.

Avec plaisir, nous nous retrouverons très bientôt.

Much Ado About Nothing

branchelierreLa manière de se tenir seul ou Dokkodo.
Photographie de Nguyen Thanh Thien ©2017

D’abord vous devez apprendre le kokoro, le cœur. Si vous ne comprenez pas le kokoro, alors ne prenez pas votre sabre. Autrefois, l’élève apprenait d’abord dans le dojo les techniques avec un seul sabre, Ito. Aujourd’hui au dojo, des techniques de Ito, nous étudions 7 techniques, pas une de plus. Les techniques avec deux sabres, Nito, étaient okuden, secrètes ; le Maître ne les enseignait pas dans le dojo mais en privé. Depuis peu, les techniques Nito sont dévoilées dans le dojo et sont exhibées en démonstration publique. Il y a quelques années, j’ai fait la rencontre de Philippe (Nguyen Thanh Thien). Je lui ai donné et lui donne le keiko, entraînement, au Japon. Grâce aux nombreux keiko qu’il a reçus, nous avons pu cette année organiser un stage ici en France.

Iwami Toshio soke, 2005

C’est parce que j’ai fait keiko avec Iwami soke que j’ai pu connaître son exemple. Par son exemple, j’ai lu dans son corps et son esprit la lettre de Musashi, la forme que prenait son esprit à l’encre de sa sueur, de sa salive, de son sang. Par la forme de son esprit inscrit dans l’espace du keiko, j’ai reçu l’empreinte de son cœur. Par la connaissance de ce cœur, je sais quand je dois prendre le sabre et quand je dois m’abstenir. Par mon silence et mon absence, je dis ce que je réprouve. Par ma présence et mon soutien, je dis mon adhésion. Je ne trouve donc pas de place pour l’agitation et la dispute et je peux faire keiko à l’exemple de mon maître.

Depuis tant d’années, je suis sa leçon.

Ecole des 2 sabres, présentation

Présentation de l’école des 2 sabres lors du Gala des Arts martiaux de Saint-Brice 2017.

Le texte a servi de base au présentateur Olivier Di Mascio, DJ et élève de Maître Badang. Il l’a allégé et adapté à ce qui se passait sur le tatami. Merci à lui pour sa clarté et la pertinence de ses interventions.

Merci aussi à mes élèves pour la sincérité de leur engagement.

Tout le monde connaît le sabre japonais ou kenjutsu. Nous l’avons vu dans les films de samouraï, les films d’animation, les mangas, les jeux vidéos. Tout le monde l’a déjà vu mais peu savent que le kenjutsu est étudié à Saint-Brice depuis 2004. Le Grand-maître Iwami soke est venu ici-même, invité par Nguyen senseï, dans cette salle du Gymnase Lionel-Terray pour un stage en 2004. Il est revenu en 2005 à Lionel-Terray et 2011 au Gymnase de Nézant. Il a même participé au Festival des Arts martiaux de Paris-Bercy en 2011.

L’an dernier, nous vous avons présenté les techniques de sabre de Miyamoto Musashi, considéré comme le plus grand samouraï du Japon : le simple sabre Itto, le petit sabre Kodachi et le double sabre Nito. Cette année, nous vous présentons l’esprit de notre école Niten. Lire la suite

Présent

[

Un enseignement se vit au présent. Il faut plonger entier dans ce présent, sans arrière-pensée, sans tracas du futur. J’entends « hier », « demain » mais peu « présent ». Je vois cette leçon passée et je prends mon bokken. Alors le présent s’intalle, plein de la leçon qui s’accomplit.

Quand les arts martiaux prennent la route

DSCF8214Photographie de Nguyen Thanh Thiên © 2016

Je suis entré en contact avec la Hyoho Niten Ichi Ryu en 1998 quand les koryus sont venus en France montrer au public français leurs anciennes et vénérables traditions. Il s’agissait d’une volonté commune des koryu de s’ouvrir aux non-Japonais. En 2000, j’ai retrouvé Imaï soke et Iwami senseï à l’Exposition Universelle de Hanovre. En 2004 à Saint-Brice sous Forêt, Iwami soke accompagné de 3 senseï, enseigna à 75 élèves européens pour la 1ère fois.

Les arts et les traditions voyagent. Les hommes voyagent, échangent et partagent. Nous devons garder les routes ouvertes et nous devons maintenir ouvertes nos portes. J’ai tenu à entrer dans la Hyoho Niten Ichi Ryu en gardant la porte ouverte derrière moi.

Bien sûr, si la Hyoho Niten Ichi Ryu est pour tout le monde, tout le monde n’est pas fait pour la Hyoho Niten Ichi Ryu. D’autres koryu peuvent être plus en correspondance, en affinité, en harmonie avec tel ou telle élève. D’autres arts aussi. Nous devons maintenir avec intransigeance les caractéristiques de notre sabre et pourtant être tolérants.

Nous avons bénéficié de l’ouverture et du maintien des routes, celles d’aujourd’hui répondant aux chemins et voies d’autrefois, à l’instar des Routes de la Soie. Près de 2 de nos dojos, passent des Chemins de Compostelle. À 15km de notre dojo Kaze no Tani Kan, par le Port de Bielsa, un col des Pyrénées, sont passés les derniers républicains fuyant la dictature de Franco. Nous construisons nos dojos sur le bord des chemins. Nous avons suivi les soke qui vinrent en Europe et qui nous invitèrent en retour dans leurs dojos privés au Japon. Quand les arts martiaux prennent la route, on les appellent budo, guerrier-voie.

Ne fermons pas les routes, les cols, les portes. N’érigeons pas les murs. Suivons l’exemple des maîtres. Partageons !

Les miettes de lumière

DSCF9985Étudier, c’est vite cueillir les miettes de lumière avant que l’obscurité ne les mange. Photographie de Nguyen Thanh Thien © 2016

Bonjour, Sensei.

Je débute chaque matinée par la lecture d’un passage du « livre des cinq roues » : c’est ma « marche dans le désert ». Évidemment, la plupart des textes me sont incompréhensibles, bien que simples en apparence, parce que rédigés dans un style direct.
Toutefois, au risque de me fourvoyer, je souhaite vous faire part de mon impression que Me Musashi évoque l’étude (de toute voie) comme quête de l’essentiel, de l’efficacité plus que de la perfection. Au terme de « perfection », il me semble que « répétition » (l’acte répété indéfiniment) correspond d’avantage.
Un abîme de sagesse ! Mais peut être une erreur de lecture colossale de ma part. Aussi, vos lumières peuvent encore une fois m’éviter de prendre la mauvaise direction.

Merci pour tout le temps que vous consacrez à répondre à mes questions de béotien. Je vous adresse mes meilleures pensées, pour vous et votre famille, en cette période de fêtes de fin d’année. Iki oï !

Lire la suite

Sei, du cœur au sabre

PAR_8081Sei, sincérité calligraphie sur le monument dédié à Musashi devant le chateau de Kokura. Photographie Nguyen Thanh Thien © 2013

Nguyen Thanh Thiên : Est-ce que l’école est ouverte à tout le monde et quelles sont les conditions d’admission ?
Iwami soke : Oui, elle est ouverte à tout le monde et nous n’avons jamais refusé personne. L’enseignement de Musashi est un enseignement pour le Monde entier. Ici en Europe, si vous voulez apprendre cet enseignement, vous avez besoin de l’autorisation de Philippe (Nguyen Thanh Thien). Contactez Philippe, s’il vous plait.
Iwami soke
Interview DRAGON Janvier/Février 2005

Commentaire

Le caractère Sei, sincérité, gravé dans la pierre, fait partie de la devise de Musashi. Elle vient d’ailleurs en première position. Il s’agit de la 1ère disposition d’esprit ou de cœur qui autorise une personne à se présenter devant un maître pour recueillir son enseignement. Sans la sincérité, tous les efforts sont condamnés, voués à l’échec, sans espoir.
Je n’avais rien demandé et j’étais très surpris quand Iwami soke me nomma Responsable pour l’Europe. Je mesurais la charge, la responsabilité et le travail qui étaient attendus de moi. Je devais démontrer par ma pratique, par mon sabre, l’excellence de son enseignement. Je fis donc du sabre et que cela. Je n’étudiais pas le Japonais car j’avais peur de disperser mon énergie. Du sabre le matin, du sabre jusqu’au soir.
Quand je compris que les Européens voyaient d’un mauvais œil une direction française, qu’ils y mettaient un frein, je demandais à Iwami soke de me relever de cette charge. Ma sincérité allait à son enseignement, à l’étude du sabre de Musashi, et je n’avais que faire des susceptibilités nationales voire nationalistes. J’ai depuis organisé d’autres stages internationaux mais, ma sincérité allant à l’étude sérieuse, je me suis tenu assez rapidement à la France et à mes élèves.
Sei a conduit Musashi lui-même à ne pas exercer de charge officielle, à ne pas accepter de se vouer à un seigneur. Musashi s’est entièrement dévolu à son art et à sa transmission. Il faut savoir écarter les obstacles, s’éloigner des fols qui perdent le chemin de l’étude et astreindre le soi à cultiver le meilleur de soi-même et des autres.
Sei est aussi un enseignement technique. Toutefois, cette leçon de sabre n’est accessible que pour celui qui le vit d’abord en son cœur.