L’éternel retour

ukenagashi001Nguyen Thanh Thien au Unjo An. Photographie de Nguyen Thanh Khiêt © 2016

J’aime revenir aux mêmes mouvements et les explorer tant qu’ils m’opposent une difficulté. J’aime revenir aux leçons de mon maître, j’aime aussi revenir dans mon dojo Unjo An. Je pense que tout progrès est un retour.

Dans le commencement, il y a une réponse ; dans le salut qui ouvre un keiko, il y a l’amorce de la coupe qui suivra. Dans le jeune Musashi, un vieux Musashi est en préparation. Dans mon geste imparfait, il y a la possibilité d’une maîtrise espérée. Dans la sueur d’aujourd’hui, il y a le sourire de la compréhension de demain. Dans la source, il y a le fleuve et ses affluents, l’estuaire et l’océan. Je crois que tout retour est un début de progrès.

2e jour du Musashi Trek

vallondestibereUn dojo d’extérieur comme le territoire de Vielle-Aure en regorge, Vallon d’Estibère. Photographie de Nguyen Thanh Thien ©2002

Comprendre la manière de marcher de Musashi et sa manière de regarder, saisir comment le seiho régénère, tels sont les enjeux du dojo d’extérieur. Ce dojo d’extérieur, par la prise d’altitude qu’autorise la montagne, change la hauteur que prennent nos idées et nos actes.

Le dojo est selon moi le lieu où vit l’exemple des ancêtres, la maison des maîtres, la porte vers un pays de miel et de lait. Cette terre si haute qu’elle exige de nous efforts et sueur nous fait ressentir que nous sommes invités, que nous en avons les devoirs et que nos actes doivent encore plus s’élever. Par sa rudesse extrême, cette terre modifie la portée du seiho, le chemin du sabre de Musashi.

Le dojo d’altitude hisse notre regard, plus qu’à notre habitude, et nous rend humbles, plus qu’à notre convenance.

Consultez notre page consacrée au Musashi Trek.

Les routes du corps, 2e partie

approchedojoÀ l’approche du dojo. Photographie de Nguyen Thanh Thien ©2016

Conférence de Nguyen Thanh Thiên du 9 février 2017 à Saint-Brice sous Forêt

Sujet : Rechercher par le corps
Extrait 4 :

Selon l’origine du geste, selon le chemin suivi, le corps trace une route vers l’objet ou la personne. Certains gestes partent des hanches, des épaules ou des pieds. Certains gestes suivent des muscles externes dits mobilisateurs et d’autres, par un changement de position préalable, mettent en jeu les muscles stabilisateurs, les muscles internes. Par ces choix, le pratiquant dessine un tracé dans le corps, dit une organisation des membres et des muscles, rend clair une compréhension de l’organisation du corps.

Chaque art martial propose des gestes différents, une organisation particulière, une intelligence unique du corps. Mais pas seulement du corps. Chaque geste intercepte, modifie et maîtrise l’adversaire, en choisissant la manière, le moment et le lieu.
Chaque mouvement peut s’articuler autour d’un centre que le pratiquant déplace selon son gré, dans son corps, dans celui de son adversaire, entre les deux, au-delà des deux.
Il peut aussi saisir non pas les positions respectives de chacun mais les mouvements respectifs de chacun. Pour cela, il faut apprendre à fonder le geste sur l’émission préalable du souffle.

Il peut encore fonder son geste sur l’intention émise qu’une longue pratique permet de saisir. Il articule alors son geste selon l’intention et capte puis dirige l’intention de l’autre.
Ces différentes perceptions de l’action conduisent à une altération de nos perspectives quant à la rencontre avec autrui, quant à la compréhension de l’autre comme obstacle, comme conflit, comme ennemi. Rencontrer l’autre n’est plus une prise en compte d’un cadre, d’un rapport de force, mais une saisie de son mouvement, de la propension d’une situation à évoluer dans une direction à déterminer, ou encore une perception d’un souffle dont la frontière avec le nôtre peut être fusionnée, dissoute. Puis il reste à saisir l’autre comme une intention. Si l’autre devient une intention face à la nôtre, la perception de nos positions respectives n’est plus celle de corps qui ne peuvent occuper le même espace. Les intentions peuvent se superposer, s’imbriquer, se succéder. La manière de percevoir autrui évolue et aussi la possibilité de conflit évolue.

Le corps permet de comprendre l’autre et le conflit de manière intime, directement en prise avec l’autre, quand la possibilité de mensonge par le langage s’efface devant la franchise des corps.

à la Une

Stage kenjutsu 2 avril : les élémentaires

DSC_9686Le stage mensuel nous fait pénétrer en profondeur dans l’exploration des formes et de l’énergie. Photographie Nguyen Thanh Khiet © 2016

Date : 2 avril 2017
Horaire : 15h30-19h30
Lieu : COSEC 29 rue des 2 piliers
95350 Saint-Brice-sous-Forêt
Page du dojo

Bulletin d’inscription ci-dessous (obligatoire)

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La leçon comme une vague silencieuse

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Le matin alors que je vais pratiquer, une demi-lune passe sur le sommet du Pic d’Aret. Ce stage d’hiver, il y avait des élèves de Tarbes et de Pau, des pratiquants de karate. Nous avons d’abord travaillé la marche spécifique à Musashi, puis la saisie du sabre et la première technique, Sassen. Seulement plus tard, nous avons abordé les 7 premiers seiho. Enfin, nous les avons exécuté par paires.

Cinq heures ont passé qui furent bien remplies. Il faut être sérieux. Mes élèves sont enthousiastes. Nous sommes patients. Nous sommes sereins quant à la venue des progrès. Le temps œuvre pour l’enseignement. La montagne, une vague de pierre qui se lève et passe la perception des hommes, nous offre son exemple. La leçon de Musashi avance avec l’avancée des élèves et gagne les terres du Sud-Ouest. La lune veille sur le dojo, même en plein jour.

Rechercher par le corps 1

DSC_0917Photographie de Nguye Thanh Khiêt © 2017

Conférence de Nguyen Thanh Thiên du 9 février 2017 à Saint-Brice sous Forêt

Sujet : Rechercher par le corps
Extrait 1 :

Nous allons partir de l’actualité. Après le dernier Vendées-Globe, le vainqueur dit lors d’un interview que s’il avait été adversaire pendant la course, il garderait cependant le contact avec celui arrivé second car « nous avons vécu des choses ensemble que nous sommes seuls à partager ». Ces paroles disent bien qu’il y a une connaissance par le vécu qui reste de l’ordre de l’incommunicable. Il faut l’avoir vécu pour comprendre et l’avoir vécu ensemble pour le comprendre ensemble. Ce vécu apporte une connaissance qui requiert la présence du corps et de l’esprit. Il ne s’agit pas d’une connaissance que l’on peut approcher par l’esprit seulement. On ne peut y parvenir par une lecture, une audition ou même une vision. Les bouddhistes tibétains disent que les dieux comme les hommes ont reçu l’enseignement du Bouddha mais que les hommes ont ceci sur les dieux qu’ils possèdent un corps pour apprendre, et vivre la leçon. Le talmud énonce qu’il y a 2 arbres au Paradis, l’arbre de vie et l’arbre de la connaissance et qu’on ne comprend réellement que si on a vécu la leçon. Pour les arts martiaux, on ne comprend la leçon que si on sait faire la technique, que si on l’a pénétrée, que si elle nous a pénétrés. Pour pénétrer la leçon, il faut 3 ans de travail assidu. Pour être pénétré par la leçon, il faut 30 ans. Quand je voyage, je ne prends que mes habits et des instruments, sabre ou bâton. Je n’emporte pas de livre ni de manuel. Je dois avoir assez étudié pour que l’enseignement sorte de mes gestes, inconsciemment et consciemment. Le corps d’un enseignant d’arts martiaux est devenu une manière de bibliothèque.

Stage kenjutsu 5 mars : Tora Buri, Aïsen et Migi Waki Kamae

DSC_9686Le stage mensuel nous fait pénétrer en profondeur dans l’exploration des formes et de l’énergie. Photographie Nguyen Thanh Khiet © 2016

  • Tora Buri Itto seiho
  • Aïsen Kodachi seiho
  • Migi Waki Kamae Nito seiho

Date : 5 février 2017
Horaire : 15h30-19h30
Lieu : COSEC 29 rue des 2 piliers
95350 Saint-Brice-sous-Forêt
Page du dojo

Bulletin d’inscription ci-dessous (obligatoire)

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La Voie du Cœur

DSC_0875Photographie de Nguyen Thanh Khiêt © 2017

Préambule à la 1ère conférence, Saint-Brice 12 janvier 2017

J’ai ressenti une urgence à présenter la Voie du Sabre à l’automne 2016. L’été dernier, nous faisions un stage dans la montagne et, entre épicéa et bruyère, nous avons appris l’attentat du 14 juillet à Nice. J’ai compris à ce moment qu’il me fallait sortir du bois, et redescendre des hauteurs de l’étude pour dire la vérité des arts martiaux, celle d’un apprentissage, d’un passage par le feu de la violence incontrôlée et d’une navigation vers une terre de paix qui serait la sortie de la violence. Lire la suite