Les routes du corps, 2e partie

approchedojoÀ l’approche du dojo. Photographie de Nguyen Thanh Thien ©2016

Conférence de Nguyen Thanh Thiên du 9 février 2017 à Saint-Brice sous Forêt

Sujet : Rechercher par le corps
Extrait 4 :

Selon l’origine du geste, selon le chemin suivi, le corps trace une route vers l’objet ou la personne. Certains gestes partent des hanches, des épaules ou des pieds. Certains gestes suivent des muscles externes dits mobilisateurs et d’autres, par un changement de position préalable, mettent en jeu les muscles stabilisateurs, les muscles internes. Par ces choix, le pratiquant dessine un tracé dans le corps, dit une organisation des membres et des muscles, rend clair une compréhension de l’organisation du corps.

Chaque art martial propose des gestes différents, une organisation particulière, une intelligence unique du corps. Mais pas seulement du corps. Chaque geste intercepte, modifie et maîtrise l’adversaire, en choisissant la manière, le moment et le lieu.
Chaque mouvement peut s’articuler autour d’un centre que le pratiquant déplace selon son gré, dans son corps, dans celui de son adversaire, entre les deux, au-delà des deux.
Il peut aussi saisir non pas les positions respectives de chacun mais les mouvements respectifs de chacun. Pour cela, il faut apprendre à fonder le geste sur l’émission préalable du souffle.

Il peut encore fonder son geste sur l’intention émise qu’une longue pratique permet de saisir. Il articule alors son geste selon l’intention et capte puis dirige l’intention de l’autre.
Ces différentes perceptions de l’action conduisent à une altération de nos perspectives quant à la rencontre avec autrui, quant à la compréhension de l’autre comme obstacle, comme conflit, comme ennemi. Rencontrer l’autre n’est plus une prise en compte d’un cadre, d’un rapport de force, mais une saisie de son mouvement, de la propension d’une situation à évoluer dans une direction à déterminer, ou encore une perception d’un souffle dont la frontière avec le nôtre peut être fusionnée, dissoute. Puis il reste à saisir l’autre comme une intention. Si l’autre devient une intention face à la nôtre, la perception de nos positions respectives n’est plus celle de corps qui ne peuvent occuper le même espace. Les intentions peuvent se superposer, s’imbriquer, se succéder. La manière de percevoir autrui évolue et aussi la possibilité de conflit évolue.

Le corps permet de comprendre l’autre et le conflit de manière intime, directement en prise avec l’autre, quand la possibilité de mensonge par le langage s’efface devant la franchise des corps.

Les routes du corps, 1ère partie

routesducorps1ePhotographie de Nguyen Thanh Thiên © 2016

Conférence de Nguyen Thanh Thiên du 9 février 2017 à Saint-Brice sous Forêt

Sujet : Rechercher par le corps
Extrait 3 :

Je voudrais faire une expérience de l’esprit. C’est une démarche de recherche que l’on retrouve chez Einstein quand il suggère que nous montions dans un vaisseau voyageant à une vitesse proche de celle de la lumière. Ceci n’est pas possible mais envisageable à titre de démonstration. Pour mon expérience de l’esprit, nous sommes au temps de la pensée qui utilise les concepts et nous revenons au temps d’avant, au moment où les concepts n’étaient pas encore en usage, l’époque précédant leur invention. Il me semble que l’on pensait par symbole.

Revenons encore avant quand les symboles n’étaient pas encore inventés et qu’il n’y avait que des figures. Allons plus vite et venons-en à ce temps où nous n’avions que le corps comme champ d’étude, outil d’étude et moyen d’étude. En ce temps, faisant avec ce qu’il possédait, l’homme allait vers le Monde par son corps. Aujourd’hui, l’enfant découvre le Monde par le corps jusqu’à l’âge de 12 ans puis passe à une représentation intellectuelle du Monde. Les arts du corps auxquels appartiennent les arts martiaux relèvent de ces disciplines anciennes qui véhiculent des connaissances anciennes. Lire la suite

3e conférence : Le tranchant de l’esprit

portraitNTTPhotographie de Suzuki Nagisa © 2017

Date : 09/03/2017

Horaire : 20h30-22h

Lieu : Maison des Association 5bis rue de la Forêt 95 350 Saint-Brice sous Forêt

E-mail : nguyenthanhthien@hotmail.fr

Téléphone : 09 54 58 25 39 / 06 61 25 71 64

La conférence dure 1h et sera suivie d’une 1/2 heure d’échanges. Il s’agit du 3e volet d’un cycle de conférence.

Je suis ce que je fais

2mainspommePhotographie de Nguyen Thanh Thiên © 2016

Conférence de Nguyen Thanh Thiên du 9 février 2017 à Saint-Brice sous Forêt

Sujet : Rechercher par le corps
Extrait 2 :

Les corps d’aujourd’hui sont devenus assez homogènes. Quand j’étais petit, dans les années 60-70, on voyait des corps de maçon, de terrassier, de charpentier. On reconnaissait le paysan, le clerc, l’ouvrier. Le métier transformait l’homme. Ceci a disparu avec le développement des machine-outils. Cependant, je repère aujourd’hui le judoka, le karateka ou l’aïkidoka à sa tenue, à sa manière de marcher, de porter ses bras. À regarder un pratiquant, on peut même deviner son enseignant. Le corps est à la fois un un champ d’expérimentation, un outil d’étude, un conservatoire, un moyen de transmission et un laboratoire de recherche.

Rechercher par le corps 1

DSC_0917Photographie de Nguye Thanh Khiêt © 2017

Conférence de Nguyen Thanh Thiên du 9 février 2017 à Saint-Brice sous Forêt

Sujet : Rechercher par le corps
Extrait 1 :

Nous allons partir de l’actualité. Après le dernier Vendées-Globe, le vainqueur dit lors d’un interview que s’il avait été adversaire pendant la course, il garderait cependant le contact avec celui arrivé second car « nous avons vécu des choses ensemble que nous sommes seuls à partager ». Ces paroles disent bien qu’il y a une connaissance par le vécu qui reste de l’ordre de l’incommunicable. Il faut l’avoir vécu pour comprendre et l’avoir vécu ensemble pour le comprendre ensemble. Ce vécu apporte une connaissance qui requiert la présence du corps et de l’esprit. Il ne s’agit pas d’une connaissance que l’on peut approcher par l’esprit seulement. On ne peut y parvenir par une lecture, une audition ou même une vision. Les bouddhistes tibétains disent que les dieux comme les hommes ont reçu l’enseignement du Bouddha mais que les hommes ont ceci sur les dieux qu’ils possèdent un corps pour apprendre, et vivre la leçon. Le talmud énonce qu’il y a 2 arbres au Paradis, l’arbre de vie et l’arbre de la connaissance et qu’on ne comprend réellement que si on a vécu la leçon. Pour les arts martiaux, on ne comprend la leçon que si on sait faire la technique, que si on l’a pénétrée, que si elle nous a pénétrés. Pour pénétrer la leçon, il faut 3 ans de travail assidu. Pour être pénétré par la leçon, il faut 30 ans. Quand je voyage, je ne prends que mes habits et des instruments, sabre ou bâton. Je n’emporte pas de livre ni de manuel. Je dois avoir assez étudié pour que l’enseignement sorte de mes gestes, inconsciemment et consciemment. Le corps d’un enseignant d’arts martiaux est devenu une manière de bibliothèque.

La Voie du Cœur

DSC_0875Photographie de Nguyen Thanh Khiêt © 2017

Préambule à la 1ère conférence, Saint-Brice 12 janvier 2017

J’ai ressenti une urgence à présenter la Voie du Sabre à l’automne 2016. L’été dernier, nous faisions un stage dans la montagne et, entre épicéa et bruyère, nous avons appris l’attentat du 14 juillet à Nice. J’ai compris à ce moment qu’il me fallait sortir du bois, et redescendre des hauteurs de l’étude pour dire la vérité des arts martiaux, celle d’un apprentissage, d’un passage par le feu de la violence incontrôlée et d’une navigation vers une terre de paix qui serait la sortie de la violence. Lire la suite