La Voie du Cœur

DSC_0875Photographie de Nguyen Thanh Khiêt © 2017

Préambule à la 1ère conférence, Saint-Brice 12 janvier 2017

J’ai ressenti une urgence à présenter la Voie du Sabre à l’automne 2016. L’été dernier, nous faisions un stage dans la montagne et, entre épicéa et bruyère, nous avons appris l’attentat du 14 juillet à Nice. J’ai compris à ce moment qu’il me fallait sortir du bois, et redescendre des hauteurs de l’étude pour dire la vérité des arts martiaux, celle d’un apprentissage, d’un passage par le feu de la violence incontrôlée et d’une navigation vers une terre de paix qui serait la sortie de la violence.

Pour commencer, quelques définitions comme les aime l’esprit français.

Pour moi, et selon les mots de Charles Malamoud, l’art martial est l’étude de l’entrée dans le conflit, le maintien dans le conflit et la sortie de ce même conflit.

La paix est un état instable, vivant dans le sens où il évolue sans cesse, et partagé car il nous faut dépassé la dualité. Elle est coexistence de volontés qui ont surmonté leur antagonisme pour pousser dans le même sens. Elle est une reconnaissance de préséance.

La paix intérieure est nécessaire à la tenue du sabre car, sans elle, la main tremblerait au moment de l’action et l’esprit vacillerait devant ses conséquences. La paix intérieure est une nécessité technique, elle vient d’une extrême concentration sur la tâche à accomplir. Elle est unité d’attention. Le but personnel des arts martiaux est que la force ne soit pas l’argument décisif. La force vraie est la capacité à agir au bon moment.

La paix civile, je l’ai connue en France, venant du Vietnam. Elle est une chose simple. Elle est cet état qui fait que, le matin, on peut dire sereinement à ses proches : « À ce soir. » Elle est respect des règles et attention à l’application humaine de ces règles : le respect des règles subordonné au respect de l’humain. Celui qui s’autorise à perturber la paix civile ne pénètre pas un dojo ou alors il se voue à un dojo secret. D’ailleurs, les livres de stratégie furent à une époque d’accès restreint.

Le sabre japonais est d’un acier particulier, dur et souple à la fois. Il coupe comme un scalpel. Il pénètre le vivant et fait entrer la mort. Il nous place devant un choix sans retour. Il nous pousse à chercher pour nous-mêmes un chemin de vie qui n’est pas celui de la lame adverse. Au mieux, le sabre offre à l’adversaire un même chemin de vie quand on le place devant sa propre mort.

L’intelligence est l’aptitude humaine à passer d’un état d’obscurité à un état de clarté. Devant l’adversaire, je ne vois pas l’issue de la confrontation. L’intelligence de mon esprit, de mon corps et de l’enseignement transmis, me permettent de passer outre, au-delà de l’incertitude, et de percevoir le dénouement du conflit, de l’opposition des volontés.

Je vais vous parler du guerrier le plus connu au Monde , le Bouddha. Peu le savent mais s’il fut prince, il était donc de la caste des guerriers, des kshatriya. Ils n’étudiait pas les ouvrages sur les rites, ni sur les épopées des Dieux, ni sur le Voie du plaisir (Kama Sutra) mais l’Arthasastra Veda, le livre sur le pouvoir et son exercice. Gautama Siddharta, le Bouddha historique, dut avoir une formation aux fonctions de l’État ainsi qu’à l’art de la guerre. Il s’intéressa forcément à l’agriculture, au commerce et aux arts. Cependant, sa formation de guerrier lui apprit la concentration, l’effort, la douleur, la mort, la maladie. Il en tira une philosophie fondée sur la reconnaissance de la douleur, sur la capacité de la concentration à dépasser l’aveuglement, sur la réalité d’une juste compréhension de la situation au-delà de notre cécité. J’aime à regarder cette philosophie comme produit d’une formation à l’art de guerre. On peut, je pense, appréhender sa richesse du point de vue du guerrier.

J’aimerai ensuite vous parler du fondateur de mon école de sabre, Miyamoto Musashi. Enfant surdoué, qui questionnait jusqu’à l’irrévérence, déterminé dans le combat, Musashi s’est construit seul. Il voulut toujours dépasser les limites du sabre, interrogeant les grands esprits de son temps. Il voyagea pour cueillir leurs leçons. Il devint peintre, calligraphe, concepteur de jardin, urbaniste, forgeron, philosophe, etc. Un véritable Léonard de Vinci. Musashi démontre à l’envie que la maîtrise du sabre produit un aiguisement des capacités du corps comme de l’esprit et qu’une fois atteint la compréhension des principes, on peut appliquer les règles de chaque art avec bonheur. Il visa à la paix civile en tant qu’urbaniste. Il toucha à la paix intérieure en cherchant la meilleure connaissance de soi comme préalable au combat. Une maîtrise du corps aboutit à une paix du corps. Cette dernière est contiguë à celle de l’esprit pour un Oriental car la pensée est pour lui une fonction du corps au même titre que l’ouïe ou la vue, un sens en 6e place qui permet de saisir les objets mentaux, symboles et concepts. Pour cette raison, il n’y a pas de spiritualité en Extrême-Orient qui ne passe par la paix du corps.

Moi-même, j’ai un parcours qui m’autorise et me fait parler depuis mon propre point de vue. Ce que je vois, je le comprends par mon parcours, par les panoramas que j’ai découvert au fil de mes expériences. J’ai joué à Saïgon puis Garges-lès-Gonesse et aussi dans le Sussex au Royaume-Uni, étudié à Sarcelles, Saint-Brice, aux Université de Paris Sorbonne Cité (INALCO ou Langues O) puis Paris-Nanterre. J’ai pratiqué dans de nombreux dojos de la Région Parisienne, en province des Pyrénées à la Corrèze et aussi au Japon. Chaque fois, je retrouve avec joie ce que j’ai découvert au dojo de Judo de Sarcelles quand j’avais 8 ans : le beau geste, l’attitude noble, la victoire généreuse. J’ai recherché l’excellence des maîtres, Noro Masamichi senseï en Aïkido, Imaï et Iwami soke en Kenjutsu et Wang Yang et son père Wang Bo en Taïchi Chüan de style Chen. Je suis allé vers la maîtrise comme les plantes vont vers la lumière, en simplicité. Les yeux fixé sur la maîtrise que j’observais, que j’examinais, que je questionnais, je me suis apaisé face à l’adversité. Je choisis mes combats et mes buts de guerre et je ne cours pas vers les ors et les apparats de mon époque. Je me choisis l’art d’entrer, de me maintenir et de sortir du conflit. Cette discipline du corps a, je le pense, une influence certaine sur la direction de mon esprit.

Saint-Brice est une ville que j’apprends chaque jour à mieux comprendre. Elle m’accueillit en 1976, ce fameux été où le soleil se donna sans réserve, un été enchanteur pour l’adolescent que j’étais. Elle accueillit une tradition 4 fois centenaire par la présence inédite des grands-maîtres. Saint-Brice fut fidèle à cette volonté initiale et, depuis 12 ans maintenant, le sabre du plus grand samouraï s’y développe et la ville accueille des stages de formation au sabre pour les enseignants et les futurs enseignants français. Saint-Brice joue un rôle historique dans le développement d’une discipline qui reste un des trésors du Japon. J’ai voulu que ce soit d’ici que j’explique au public français la recherche de Musashi, quel fut le sens de sa Voie, la direction de sa recherche, où comment le sabre contribue à la paix intérieure et civile.

2e conférence : Apprendre par le corps

Date : 09/02/2017

Horaire : 20h30-22h

Lieu : Maison des Association 5bis rue de la Forêt 95 350 Saint-Brice sous Forêt

E-mail : nguyenthanhthien@hotmail.fr

Téléphone : 09 54 58 25 39 / 06 61 25 71 64

La conférence dure 1h et sera suivie d’une 1/2 heure d’échanges. Il s’agit du 2e volet d’un cycle de conférence.

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