Les miettes de lumière

DSCF9985Étudier, c’est vite cueillir les miettes de lumière avant que l’obscurité ne les mange. Photographie de Nguyen Thanh Thien © 2016

Bonjour, Sensei.

Je débute chaque matinée par la lecture d’un passage du « livre des cinq roues » : c’est ma « marche dans le désert ». Évidemment, la plupart des textes me sont incompréhensibles, bien que simples en apparence, parce que rédigés dans un style direct.
Toutefois, au risque de me fourvoyer, je souhaite vous faire part de mon impression que Me Musashi évoque l’étude (de toute voie) comme quête de l’essentiel, de l’efficacité plus que de la perfection. Au terme de « perfection », il me semble que « répétition » (l’acte répété indéfiniment) correspond d’avantage.
Un abîme de sagesse ! Mais peut être une erreur de lecture colossale de ma part. Aussi, vos lumières peuvent encore une fois m’éviter de prendre la mauvaise direction.

Merci pour tout le temps que vous consacrez à répondre à mes questions de béotien. Je vous adresse mes meilleures pensées, pour vous et votre famille, en cette période de fêtes de fin d’année. Iki oï !

Ma réponse :

La compréhension du Gorin no Sho dépend de beaucoup de facteurs. Elle est conditionnée par la qualité de la traduction, par votre qualité de lecture, par la profondeur et la richesse de votre parcours, par votre état d’esprit au moment où vous lisez ce texte, par le niveau de compréhension qui est le vôtre dans le champ des arts martiaux, par les cours que vous avez pris au sein de notre école, etc.

Pour ma part, je me suis collé à l’exemple de mon maître, tel que je l’ai vécu dans le dojo et en dehors. Je suis attaché à la qualité de l’information sur laquelle je travaille. Je pratique et médite donc sur des informations de première main, si possible. D’où le choix de mes références parmi les maîtres de valeur suivants :

  • Imaï Masayuki soke, Iwami Toshio soke et Noro Masamichi senseï pour les arts japonais ;
  • Wang Bo sifu et Wang Yang sifu pour les arts chinois ;
  • Walpola Rahula pour le Bouddhisme Théravada.

Les textes que j’ai lus sont pour moi d’un degré de fiabilité moindre par rapport aux leçons que j’ai pu recueillir auprès de ces grands enseignants. Ce que j’ai apprécié des ces moments désirés est qu’ils ont brisé l’exil de la leçon, un exil de papier, d’encre, de concept, de symbole, et l’enseignement des arts martiaux est revenu à sa terre natale : le présent, la chair, les os, le sang, la sueur, le geste, la posture, l’attitude, l’esprit vivant dans l’instant.

Cependant, quand je suis loin du dojo, quand la voix de mon maître faiblit, quand au milieu de la nuit, je me réveille et que je me demande comment progresser, alors je me souviens que des mots furent confiés au papier, pour soutenir la compréhension de l’élève et qu’ensuite la leçon reprenne le chemin de sa terre natale, le keiko.

Le keiko, c’est ce retour au souffle que l’on pousse au sens strict, dans l’effort du corps et de l’esprit joints, c’est Iki Oï, pousser le souffle. Pour cette raison, quand je lisais le Gorin no Sho, je ne le faisait jamais plus d’une page à la fois car je courais ensuite pratiquer. Iki Oï !

 

 

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