Vivre la leçon au plus près

DSCF9708« L’image de l’arbre n’est pas l’arbre mais, pour celui dont les pieds sont sur la Voie, l’image de l’arbre est l’arbre. »* Photographie de Nguyen Thanh Thien © 2016

Un élève  du Kaze no Tani Kan m’envoie ces questions :

Je m’interroge au sujet des images employées pour faciliter l’assimilation des concepts. Par exemple, je me souviens de l’image de la « dent du tigre », de l’armure du guerrier (peut être en lien avec la « chemise de fer » du taichi ?), « regarder la montagne », et bien entendu … « pousser le souffle » !

Toutes ces images sont autant de repères sensoriels utilisables dans l’apprentissage. Aussi, pourriez-vous m’indiquer certaines images ou métaphores qui vous sont particulièrement importantes et que vous pouvez partager ?

Ma réponse :

Je n’emploie que très peu d’images et encore moins de concepts. J’ai parlé du « crochet du tigre » pour traduire littéralement le seiho Tora Buri. L’armure du guerrier explique en effet la manière de bouger dans Hyoho Niten Ichi Ryu. Comme l’enseignait Iwami soke : « Dans notre école, il n’y a ni saut ni torsion. » Cela est dû au port de l’armure. « Regarder la montagne » indique une manière de porter la tête et de poser le regard. Notre enseignement est comme le sabre de Musashi, direct et simple. Pareil pour « pousser le souffle », Iki Oï. Il faut que le souffle bouscule le vis-à-vis, que celui-ci sente réellement le ki le traverser. Cela est à vivre par vous comme je l’ai vécu avec Imaï soke et Iwami soke.

Les images sont à vivre dans son corps, elles sont avant tout des indications à incorporer dans ses gestes. Les repères sensoriels sont en premier lieu à rechercher dans l’exemple du maître, quand on le suit dans le geste même, en se plaçant dans son rythme et dans son amplitude. C’est exactement ce que j’ai fait avec mes maîtres. Aujourd’hui, je partage ces leçons avec mes élèves. Je me souviens d’avoir mis mes pas dans ceux de mon enseignant, en me calant sur son corps et son esprit.

Ce que je peux partager avec vous, c’est cela justement, le partage de l’instant avec le soke, au cœur de l’instant partagé. Ce que je propose à mes élèves, c’est de me rejoindre dans cet instant, en cours, en stage, dans le dojo ou dans la montagne. Je nomme cela « trouver le maître » et ce n’est pas une image mais une réelle  incorporation. Bon courage !

* »L’image de l’arbre n’est pas l’arbre mais, pour celui dont les pieds sont sur la Voie, l’image de l’arbre est l’arbre. »

Mon commentaire :

L’image de l’arbre n’est pas l’arbre.

Pour notre compréhension au quotidien, nous ne devons pas prendre le concept de l’arbre pour la réalité de l’arbre ou mieux, l’arbre réel. L’image de l’arbre, le nom de l’arbre, la métaphore de l’arbre ne sont pas l’arbre vivant.

L’image de l’arbre est l’arbre.

Pour notre étude au dojo, nous devons prendre toute incitation, toute suggestion, comme une obligation à comprendre par le corps, par le réel. Le maître dit « arbre » et nous devons le comprendre par le corps, par le réel, par l’esprit au présent. L’étudiant est celui qui fait feu de tous bois. Il se saisit de la parole ou de l’exemple du maître, de son image même, pour créer un réel qu’il pourra comprendre, dans le vécu et plus encore dans le vivant. Il s’empare de l’image de l’arbre pour révéler un arbre par sa pratique, par son effort, au moment de la leçon.

Je reprends ici avec mes mots la pensée de Dogen dans son texte sur « l’image de la galette n’est pas la galette. » Voir Yoko Orimo.

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