San Man 3万 : le choix

DSC_9456Nguyen Thanh Thien au Unjo An, Corrèze, photographie de Nguyen Thanh Khiet © 2016

Quand j’ai entrepris cette ascèse, quand je me suis avancé vers cette difficulté,  j’aurai pu me demander « Vais-je soutenir l’effort ? ». Pourtant, ma question était « Mon corps tiendra-t-il ? » Cet exercice n’a pas de sens s’il compromet une saison entière d’efforts, m’imposant une convalescence et une plus grande fragilité du corps. Je me dois de contempler ma destruction et l’éviter. Pour autant, il faut m’avancer à la lisière de mes capacités. Pour cela, j’ai préparé cette épreuve depuis plusieurs mois. Je me suis entrainé en montant en puissance, visant à la réussite.

Le série de photographies qui illustrent cet article a été prise 10 jours plus tard mais j’y perçois encore un reflet de l’effort que j’ai produit. Mon regard vise à la préservation du corps mais pénètre aussi l’exigence de ne pas briser l’esprit du keiko. Il faut avancer vers Musashi, ne rien faire de faible ou de mièvre, ni de violent et de non maîtrisé.

J’ai construit ce dojo. Je ne peux entrer maintenant dans une vision destructrice. Alors à chaque fois, je cherche le chemin et la manière, le do, qui me fera parvenir à faire vivre le sabre de Musashi. Je dois éviter la paresse, l’imprécision, l’impréparation. Il faut faire du chiffre, soit 30 000 mouvements. Avec les tsuki, les percussions horizontales, la difficulté est moindre. Il faut quand même pousser !

DSC_9415Nguyen Thanh Thien au Unjo An, Corrèze, photographie de Nguyen Thanh Khiet © 2016

Le Shomen et les Yokomen apportent pour moi la véritable difficulté. Je dois sans cesse faire en étant le plus près de la bonne technique, malgré la fatigue mais surtout le temps imparti. Et je dois faire en sorte que je ressorte de cette ascèse sans être blessé. Alors, il faut choisir à chaque instant le bon sentier, la juste manière. San man est l’exercice d’un choix perpétuel, d’une décision validée à chaque instant, d’un esprit qui tranche le doute dans le geste lui-même.

DSC_9397Nguyen Thanh Thien au Unjo An, Corrèze, photographie de Nguyen Thanh Khiet © 2016

Je ne peux dire si j’ai réussi. Si j’ai fait du chiffre en bâclant l’esprit, si j’ai mis en avant l’esprit au péril de l’objectif chiffré, si j’ai péché par orgueil, je ne sais car le juste n’est pas forcément dans l’exécution de l’énoncé. Devant notre propre incertitude face au keiko, je choisis toujours de suivre la trace de mon maître. Il n’y a rien de servile dans mon attitude. C’est comme en montagne. Si j’ai perdu le chemin, je retrouve la trace laissée par mon devancier et je la suis. Surtout si je sais qu’il est revenu au refuge. Sans doute est-ce là ma victoire, d’avoir osé l’épreuve, d’être revenu et d’avoir été fidèle. J’aurai pu faire mieux, au plus près de Musashi, au plus juste face à Iwami soke. Alors, l’an prochain, j’aborderai de nouveau cette épreuve.

À suivre …

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