Percer et lier

11088624_1672304742989120_3058005510642912088_nKajiya Takanori soke et Nguyen Thanh Thien senseï, Sassen Kodachi seiho, Kitakyushu. Original photography by Maeda Noriko © 2015

Aurore Lance : Qu’est-ce qui vous a motivé à vous engager dans l’étude proposée par l’école Hyoho Niten Ichi Ryu ?

Nguyen Thanh Thien senseï : Je pensais au départ trouver d’où viennent les arts martiaux modernes. Comprenant ce point de vue et connaissant les options actuelles des arts martiaux modernes, je pensais tirer une ligne qui projetterait une direction future. Aujourd’hui, ayant vécu de l’intérieur une koryu et particulièrement la Hyoho Niten Ichi Ryu, ce qui me motive est que cette koryu me correspond. Trouver une correspondance me suffit à m’engager. Les correspondances sont rares quand elles touchent au plus profond. Pour me comprendre, si vous le désirez, prenez un sabre et étudiez le seiho de Musashi, bien dirigé, bien entendu, bien reçu. Vous pouvez le faire au bord d’un lac de haute montagne, sur la rive d’un torrent, dans un dojo traditionnel tout de bois habillé. Si alors vous ressentez l’esprit de Musashi, si vous entendez sa voix filtrée par votre souffle et nourrie par votre sueur, alors ne vous arrêtez plus car c’est une aube qui se lève sur l’aventure d’une vie.

Il y a de l’épique à entreprendre l’étude du sabre de Musashi. Il y a une simplicité à lever le sabre.

Aurore Lance : Quel est le but de votre étude ?

Nguyen Thanh Thien senseï : Je ne peux pas connaître ce qui vient, c’est bien pour cela que j’avance. Nommer un but revient à se fermer à l’inattendu, à ce qui attend au-delà de l’horizon, par-delà la colline, après le virage de la route, au-delà du regard. J’étudie car l’étude est un appétit comme les autres, il est vital chez moi. L’étude est en soi un but. Sa forme dépend des rencontres, des aptitudes et des correspondances. J’étudie parce que je ne sais pas encore et que j’ai bon espoir.

Un jour, mon maître me demandait comment je voyais l’année qui venait. Je lui répondis : « Pleine d’espérances. » Il fit quelques pas, se retourna et me dit : « L’espoir est le trésor de l’homme. » J’étudie parce que j’ai espoir.

Aurore Lance : Ayant étudié plusieurs arts martiaux, dont le judo, l’aïkido ou le taï-chi; trouvez vous des liens, une continuité entre ceux-ci ?

Nguyen Thanh Thien senseï : Ma forme de pensée me conduit à créer des ponts et des liens. Je ne vois que cela. Un jour, on demandait à un chanteur lyrique s’il cherchait à être au plus près de la partition. Il répondit qu’il avait à cœur d’être au plus près de l’inspiration du compositeur, ce moment précédent la transcription, où n’existe que l’audition. Après vient la transcription qui est une approximation. Les disciplines sont cela-même : une transcription talentueuse. Il faut voir les différences, les identités, puis passer outre et voir au-delà des déchirures dans le tissu, ce sur quoi le voile est mis. Pour atteindre cet instant, il faut la discipline. Mais dire que la discipline diffère d’un maître à un autre, seul un maître peut l’affirmer. Il est vrai que parfois, je vois dans un seiho une technique de jambe du Judo, une technique de bras du Karate ou un mouvement d’épaule du Taï Chi Chuan. Pour aider mes élèves, je leur montre ces liens. Il faut un jour percer le voile et le lendemain le ravauder.

Le maître est l’aiguille, l’élève le fil.

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