Du plaisir dans les arts martiaux

Niten_Imai-Iwami_ThirdImaï soke et Iwami soke, passation de fonction, 2003. Kokura Jo.

Andrea Conti : Quel est pour vous le plus grand plaisir dans la pratique des arts martiaux ?

Nguyen Thanh Thien : Je n’ai jamais recherché le plaisir. Je l’ai goûté et aimé mais ce n’est pas ma recherche. Au lycée, la professeure de philosophie avait demandé à chaque élève quelle était la plus grande qualité. J’avais répondu :

La lucidité.

Voilà ce que je goûte. Elle me procure le sentiment d’avancer, d’être sur le bon chemin. Le maître Eno a dit :

Laisser venir la lumière de l’instant qui vient.

Lui le dit autrement mais j’y reconnais ma recherche. Le keiko sur le long terme, ouvre un accès à cette lucidité : celle du corps, de l’esprit et du cœur. Pour y arriver, il faut un corps, un esprit et un cœur de keiko. Cela signifie une grande discipline, l’humilité de façonner son corps pour qu’il endure les rigueurs de l’exercice répété maintes fois. Il faut tempérer notre orgueil et apprendre les bénéfices de la modestie. Trop souvent je vois les élèves empêtrés par un excès d’eux-mêmes. Quand je leur demande de reculer, ils grincent des dents pensant y perdre alors qu’ils peuvent gagner au change, à se délester d’une sur-pondération du moi. J’aime dépouiller le seiho de tous les excès. Je m’en approche par le keiko, parfois.

Andrea Conti : Quel aspect de la pratique de Hyoho Niten Ichi Ryu vous a poussé à vous engager dans l’étude et la transmission de cette voie ?

Nguyen Thanh Thien : Je n’ai jamais considéré la pratique de la Hyoho Niten Ichi Ryu par un aspect ou un autre. Pour percevoir un aspect, il faut choisir un angle de vue. Les peintres chinois peignent la montagne par 3 côtés. Le cubisme souhaitait montrer toutes les faces à la fois. Le keiko comme je l’entends révèle la leçon dans son entier et donne à voir le dessous de la montagne comme ses entrailles. 10% de la masse de la montagne est faite de cavités. J’aime découvrir ces cavités dans le seiho lui-même, le vide au sein du plein.

Musashi recommandait de voir ce qui n’est pas offert à la vue. Cette parole répond à la nécessité de dépasser la limite de son seul point de vue. Il faut voir l’intérieur de la montagne et la montagne à l’intérieur de soi, du sabre et de l’autre.

C’est la pratique elle-même qui m’a poussé à étudier cette koryu. J’ai vu comment elle avait transformé les Anciens de l’école et cela m’a plu. J’ai aimé rencontrer Imaï soke. J’ai aimé rencontrer mon maître, Iwami soke. J’ai aimé leur humanité.

Il existe cependant une injonction puissante :

Ne pas prendre plaisir à la souffrance.

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