Fidélité au keiko

©AB-JAPON_IMG_1386Iwami soke, Nguyen Thanh Thien et Kajiya soke, Yokoshiro Taïkan, Kokura. Photographie d’Antonin Borgeaud © 2014

Christophe Bizon : Comment faites-vous pour avoir connu une lignée de maîtres et être allé à la rencontre de 3 grands maitres ?

Nguyen Thanh Thien : J’ai commencé un jour le voyage du dojo. L’esprit du dojo m’a amené à rencontrer des maîtres qui m’ont ensuite invité à les rejoindre au Japon. J’ai été dans leur dojo privé. J’ai dormi chez l’un. J’ai pris le thé chez d’autres. Ce qu’ils ont observé de ma pratique les a conforté dans leur choix. J’espère tenir leurs espoirs.

Tous les jours, dès que je peux, quand je le veux, je pratique les seiho tels que les soke me les ont enseignés.

Ayez confiance en vous, dans votre travail et vos efforts. L’invitation à rencontrer les maîtres est au cœur du seiho, dans les exigences de votre enseignant, dans ses recommandations et ses maigres compliments. Le keiko est le vrai lieu de la rencontre avec eux, avec Musashi. Retournez au keiko. Tout y est.

Christophe Bizon : Comment unifiez-vous l’enseignement des trois soke que vous avez rencontrés ?

Nguyen Thanh Thien : Par la pratique. Encore et encore, je vais au plus profond. J’ai posé peu de questions aux soke. J’ai par contre observé leur gestes, leurs attitudes, leurs déplacements, dans le dojo et hors du dojo. Puis j’ai énormément travaillé. Keiko est la réponse.

La dernière fois que j’ai rencontré Iwami soke, il m’a dit devant Kajiya soke ces mots :

Si tu as besoin de quelque chose, dis-le nous et nous le ferons. Si tu veux que nous allions dans un pays, nous irons. Si tu veux qu nous allions dans ton pays, nous irons.

Kajiya soke traduisait. Ces mots prononcés par le 11e soke devant le 12e soke témoignent de mon keiko, de ma fidélité et de ma compréhension de l’enseignement donné par Iwami soke. C’est la 1ère fois que j’évoque en public cette scène. Il faut faire keiko pour mériter la confiance de son senseï. Il faut comprendre profondément et pratiquer pour y parvenir. Ensuite, il faut être fidèle à la compréhension. Beaucoup y renoncent pour goûter à l’air du temps, soucieux de popularité, toujours prêts à retourner leur veste. Il faut rejeter l’esprit courtisan et faire keiko selon la direction de son senseï. Iwami soke a été le senseï qu’Imaï soke m’a choisi.

Christophe Bizon : Comment voyez-vous l’avenir du niten en France et dans le monde ?

Nguyen Thanh Thien : Hyoho Niten Ichi Ryu est le vrai nom de notre école. C’est un programme, une leçon, la volonté de Musashi et des soke qui lui ont succédé. Je n’aime pas la facilité des raccourcis. Ils sont aussi dangereux dans les arts martiaux qu’en montagne. Alors posons autrement la question : « Comment voyez-vous l’avenir de la volonté de Musashi en France et dans le monde ? » La réponse est : « Radieux ». L’avenir est toujours radieux, son contraire se nomme la fatalité ou le sort funeste. Je travaille à la réussite de cette volonté. J’y adjoins la mienne et j’espère celle de mes élèves et de toutes les personnes nombreuses qui me soutiennent. Je ne vais jamais au combat avec l’esprit d’être vaincu. J’emploie le futur, ce temps de la langue française qui autorise le succès car il nous y prépare. Quand j’ai commencé à étudier notre koryu, Iwami soke m’a demandé expressément de l’aider à faire un stage en Europe. Imaï soke était présent. J’ai mesuré la charge et, en toute conscience, j’ai acquiescé. Depuis, je m’y emploie. Il y a aujourd’hui des groupes Hyoho Niten Ichi Ryu en Europe, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Afrique.

DSC_9685Iwami soke, 2011, Institut du Monde arabe, Paris. Photographie de Nguyen Thanh Thien © 2013

A la fin du stage de 2011, Iwami soke a regardé ma paume et l’a comparée à la sienne. Avec un grand sourire, il m’a dit : « Grand avenir ! » puis il a fait un geste embrassant Paris du haut de l’Institut du Monde arabe. Comment voir petit ensuite ?

DSC_9679Iwami soke, 2011, Institut du Monde arabe, Paris. Photographie de Nguyen Thanh Thien © 2013

Christophe Bizon est membre du Musashi Kenkyukaï France.

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Une réflexion sur “Fidélité au keiko

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