Mens, macharea, corpore

©AB-JAPON_IMG_2143Nguyen Thanh Thien et Kajiya Soke. Photographie Antonin Borgeaud © 2014

Christophe Borg : Une locution reprise d’un poète latin déclame : « Mens sana in corpore sano » : « un esprit sain dans un corps sain » ; diriez-vous que tout pratiquant au sein de la Hyoho Niten Ichi Ryu devrait faire sienne cette devise ou doit-il aller au-delà ?

Nguyen Thanh Thien : La question de la santé a été posée en 2005 à Iwami soke et il ne l’a pas comprise, non parce qu’il n’en saisissait pas le sens mais parce que cette intention n’existe pas dans l’art guerrier de Miyamoto Musashi. Pour Musashi, la seule manière de cultiver sa vie est de savoir vaincre et survivre. La santé se cultive donc en apprenant à manier le sabre selon Musashi. S’il faut une santé, c’est celle d’une correspondance avec la Voie du Guerrier, d’une adéquation à une vie de recherche. Le sabre peut être malade de suivre une voie infernale qui serait de rechercher les plaisirs, s’attacher aux regrets, donner du prix à ce qui en possède un, faire obstacle à l’avènement du cours des choses, etc. Je dirais donc « Mens sana in machaera sana » un esprit sain dans un sabre sain. Cependant, je crois qu’il faut aussi revenir à la parole de Musashi : « les samouraïs, quant à eux, poursuivent en plus la Voie de la tactique. Ils se doivent d’être supérieurs en tout à leurs adversaires. Ou bien ils gagnent dans un combat singulier, ou bien ils sortent vainqueurs d’une bataille. » Pour vaincre à chaque moment, il faut qu’à l’instant suivant, au jour qui suit, à l’année qui vient, notre force grandisse encore et encore. De là, j’estime qu’une hygiène de vie et de pratique est nécessaire. On comprend aujourd’hui l’hygiène de vie. Comprend-on l’hygiène de pratique ? Cette hygiène requiert de chacun qu’il ne puisse se blesser par des exercices mal conduits, fragilisant le genou ou le dos, attentant à autrui ou nuisant à la société. Il faut un enseignant expérimenté et l’exemple des anciens maîtres pour comprendre ce point de vue. J’appelle cela la santé du sabre.

Cependant, manier le sabre implique des conséquences sur autrui, sur des équilibres dans notre entourage et dans notre société. Le sabre doit être utile. Il n’est permis de le prendre en main que si la personne est équilibrée, que si son action présente une utilité pour l’ensemble des humains. Un sabre qui ne servirait que des appétits privés serait un sabre dévoyé. Je crois en un sabre sain dans un corps social sain, « mens sana in corpore sano politicum. » Ce thème est souvent repris dans les films d’arts martiaux. Il existe des sabres malsains, des sabreurs fous, des écorcheurs sans limite. Pour cela, nous devons compter sur la discipline des maîtres, sur leur exigence, sur leur intransigeance quant à la qualité des élèves.

« Mens » et « corpore » sont deux extrêmes dont le moyen terme serait macharea, le sabre. Les 3 sont nécessaires à l’art de Musashi. Trop souvent, une part manque. L’esprit et la technique sont souvent présents mais le corps reste faible. J’aime que le corps soit fort et que cette force se transmette au sabre et à l’esprit. Fréquemment, on compte sur la force de l’esprit et on fait l’économie de la force du corps. Ceci est une erreur.

Alors j’acquiesce à « Mens sana in corpore sano » si le moyen terme est macharea sana, le sabre sain.

 

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