Geste martial et geste sportif, seconde partie : la blessure

Keiko Yokoshiro_69Iwami Soke enseignant à Corinne Babled © Bruno de Hogues

Les articles de cette série, « Geste martial et geste sportif », correspondent à ma réflexion personnelle sur les arts martiaux. L’analyse que je tente d’y développer n’engage pas notre Sensei ou les autres enseignants de notre école, qui peuvent avoir une vision différente.

A.M.

 Le risque de la blessure demeure un préjugé tenace dès que l’on parle des arts martiaux.

Dans notre école de Kenjutsu, les pratiquants s’exercent face à face avec des sabres en bois dur, sans autre protection que la maîtrise technique qui leur permet d’arrêter leur arme à quelques centimètres de leur partenaire. Le risque de se blesser est pourtant très faible, sans commune mesure avec celui auxquels sont soumis les pratiquants des clubs sportifs.

Dans la pratique sportive, la blessure ne fait pas partie du corpus des techniques. Elle se cache hors champ, hors de la vue du sportif, tapie dans son angle-mort. La blessure survient au moment où le sportif ne s’y attend pas, elle vient dévorer son geste. Le geste sportif est démuni face à la blessure, car il est incapable de dialoguer ou de composer avec elle. Il est ainsi fréquent, dans un club de sport de loisir, qu’un pratiquant doive s’arrêter de s’entraîner durant de longs mois après s’être vrillé une cheville ou abîmé un genou.

Dans notre école de Kenjutsu, les blessures sont très rares et en général bénignes.

La blessure est l’objet même de l’étude. Le pratiquant lui fait face et garde les yeux rivés sur elle en permanence.

Nous étudions comment la provoquer : couper à hauteur de tête, couper aux poignets, couper à hauteur de hanche.

Nous étudions comment nous en prémunir : affronter l’attaque, bloquer l’assaillant, prendre le centre.

Et, surtout, nous apprenons à renoncer à provoquer la blessure : pratiquer avec le partenaire, respecter son intégrité, arrêter son sabre avant que l’autre ne soit touché.

Au dojo, quand la blessure survient, c’est qu’en général le pratiquant l’a quittée des yeux et s’est détourné de la voie martiale. En se regardant lui-même ou en faisant autre chose que l’exercice demandé, il prend le risque de se blesser et, pire encore, il prend le risque de blesser l’autre.

 Alexis Martin

 

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