Les miettes de la leçon

Pour édifier un bâtiment le maître-charpentier utilise différentes qualités de bois. Il utilise des bois rectilignes sans noeuds, du meilleur aspect pour la partie réservée à la réception, mais utilise un bois rectiligne plus massif, même ayant quelques noeuds pour les parties privées. Il utilise du bois sans noeuds et de belle apparence, bien que plus faible, pour le seuil, les liteaux, les portes et portes coulissantes. Il utilise du bois à noeuds et tordu, mais robuste aux endroits devant subir une contrainte. S’il les choisit ainsi soigneusement alors le bâtiment ne se dégradera pas d’ici longtemps. Aussi il peut utiliser les bois noueux, tordus et peu solides à la confection des échafaudages et plus tard du chauffage.

Extrait du Gorin no Sho, Miyamoto Musashi

Commentaire : Si nous devons appliquer ce texte à nos efforts, il conviendrait de savoir quel est le bois dont nous faisons usage pendant le keiko. Sur quelle matière opère notre travail ? Je comprends que ce bois dont parle Musashi est nous-même, corps-esprit-émotions. Je perçois que chacun possède qualités et défauts, bois droit ou à noeud, dense ou léger, rectiligne ou tordu. Musashi nous conseille de ne rien rejeter, de trouver un usage à chaque élément pour le meilleur service du tout. Il n’y a donc pas à se plaindre continuellement ni à inventer de nouveaux déchets. La cuisine de stage est à ce point de vue exemplaire. Nous devons faire au mieux afin que l’énergie de tous soit au plus haut tant en quantité qu’en qualité. Parfois, je vois un élève jeter une feuille de salade marquée d’une petite tache car elle ne cadre pas avec son esthétique du plat. D’autres fois, un autre met à la poubelle une tranche de pain défraichie ou brûle un plat par inattention. A chaque fois, je découvre que ce dédain du détail insignifiant recouvre le même manque d’attention à la technique demandée. Il y existe une continuité entre la cuisine et le dojo : l’élève. Portant son regard sur la cuisine, il améliore alors son keiko. A lui de comprendre qu’au coeur du cours, il existe des éléments qu’il récuse : ceci n’est pas intéressant à apprendre, ceci n’est qu’un détail mineur, cela a déjà été compris, etc. Cependant, dès maintenant, il peut aussi ramasser ce qui a été délaissé, ce qui est tombé de table, les miettes de la leçon, et en tirer son bénéfice.

Nguyen Thanh Thiên

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