Les parallèles

En général, il y a quatre états de vie : samouraïs, paysans, artisans et commerçants.

1°) Paysans : ils possèdent divers outils et instruments agricoles. Ils observent sans cesse la succession des quatre saisons. C’est ainsi que s’écoule leur vie. C’est la façon de vivre des paysans.

2°) Commerçants : les brasseurs de sake utilisent les outils et instruments adaptés à leur profession, et à cause de cela ils passent leur vie à obtenir de plus ou moins grands bénéfices. Dans tous les domaines du commerce, les commerçants font des bénéfices qui vont selon leurs activités et ils passent leur vie grâce à ces bénéfices. C’est la façon de vivre des commerçants.

3°) Samouraïs : quant aux samouraïs ils inventent toutes sortes d’armes. Ils doivent connaître les caractéristiques de chaque espèce d’arme. C’est la façon de vivre des samouraïs. Si un samouraï n’était pas familier avec les armes et qu’il ignore les caractéristiques de chaque arme, cela ne serait-il pas insensé ?.

4°) Artisans : prenons pour exemple les charpentiers qui fabriquent avec habileté toutes sortes d’outils et instruments qu’ils étudient bien, ils corrigent leurs erreurs au moyen de mesures. Ils travaillent sans prendre de loisir et ainsi passent leur vie.

La vie de ces samouraïs, paysans, artisans et commerçants représentent quatre façons différentes de vivre.

Maintenant, je vais comparer la tactique à la spécialité du charpentier. L’idée m’est venue d’un parallèle avec la spécialité du charpentier en pensant au mot école; on dit école de nobles, école de samouraïs, les quatre écoles de cérémonie du thé ou d’ikebana. Ou bien on dit qu’une école est tombée et qu’un autre lui a succédé. Ou bien on dit que tel ou tel cours, telle ou telle leçon, telle ou telle école … tout cela m’a amené à penser au charpentier. En japonais, charpentier est synonyme de grande habileté. Notre tactique, elle aussi, doit être synonyme de grande habileté et c’est pourquoi je fais la comparaison avec le charpentier. Si vous voulez étudier la tactique réfléchissez bien à ce que vous allez lire dans ce livre. Que le Maître devienne l’aiguille et le disciple le fil, que tous les deux s’exercent sans cesse.

Extrait du Gorin no Sho, Miyamoto Musashi

Commentaire : Deux idées se succèdent dans ce passage, « comment passer sa vie » et « comment transmettre de maître à disciple. » Le point de convergence de ces deux idées est la grande habilité. L’action commune est de coudre par-delà les ruptures, les déchirements, les scissions. Elle est le contre-point de la coupe, ce qui sépare, distingue, tranche. Il y a ici un accent mis sur deux pensées parallèles comme les aiment les Orientaux. De la tension entre ces deux pôles, naît une dynamique qui inspire la quête du sabre.

Nguyen Thanh Thiên

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