Avancer posément, semer précautionneusement.

Jardin japonais Albert Kahn
Nguyen Thanh Thien, mars 2008. Il a neigé pendant la nuit et le keiko a nécessité beaucoup d’énergie. Photographie Antonin Borgeaud © 2008

La nostalgie nous est chevillée au corps et à l’âme car elle est un refuge contre l’irruption du temps présent. Elle ressasse le récit de notre venue. Elle soigne le chaos environnant par un semblant de cohérence. Pour ce faire, elle crée l’optique du soi. La nostalgie  nous soulage du devoir angoissant de réaliser notre parole, nos souhaits, nos promesses. Elle nous murmure : « Ce qui fut est parti mais il nous reste un parfum, l’esprit de Musashi, l’âme du sabre. »

Pour moi qui ait désiré connaître une koryu et qui a rencontré Musashi fortuitement, je n’ai pas la nostalgie de ce qui a été, de ce qui eut pu être ni de ce qui aurait dû avoir été. Dès le début, le soke m’a enseigné. Au premier instant, la présence de Musashi s’est imposée à moi. Je n’ai pas eu à regarder en arrière, je n’avais qu’à avancer droit devant, pour me présenter à Musashi. Personne ne m’a soufflé : « Ne te retourne pas ! » Le soke était présent, sabre levé. Il s’appelait Imaï soke, puis Iwami soke et maintenant il se nomme Kajiya soke.

Je m’étonne de l’intérêt de tant de personnes pour l’art de Musashi quand j’en vois bien moins dans le keiko. Cela m’a longtemps laissé perplexe. Aujourd’hui, je comprends que, pour certains, l’heure de la rencontre n’est pas venue ou qu’elle n’est pas sérieusement désirée ou encore qu’elle doit être plus profondément ancrée pour que la rencontre advienne. Plus encore, il est nécessaire que nous ne soyons pas trop nombreux à la première génération de deshis en France. Chaque temps possède son rythme et sa fonction. Les nôtres sont d’avancer posément et de semer précautionneusement.

JP 2005-TNC News-72
TV : Pouvez-vous donner un mot pour dire qui est Musashi ? Nguyen Thanh Thien : « Il est vivant. » TV : « !?… » NTT :  » Il est vivant parce qu’il recherchait la vie dans son art, parce que son art est vivant. » Tamukeyama, Kokura, Japon 2005. Musashi s’entrainait au sommet du Tamukeyama.

L’interview est dans la video ci-dessous :

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