La Pierre et le Sabre 1

71QmB8O4g-LCe roman de Eiji Yoshikawa est avant tout une œuvre créée par un romancier. J’écris cela avec en tête le fait qu’il est le travail d’un écrivain ayant l’idée d’un roman, d’une épopée, de la trame d’une histoire. Les noms sont secondaires par rapport aux lignes de vie que trace le pinceau de l’auteur. La trame des évènements historiques introduit une consistance à ce qui, au départ, est l’idée d’une humanité qui marche vers un destin, vers une tragédie.

Je reprends la version filmée de 2014*. Tous les personnages du récit sont des ruisseaux qui s’embourbent dans les affres de l’égarement par la paresse, la vindicte, la luxure, la nostalgie dévorante ou la brutalité. Ils forment des couples qui se répondent et se croisent. L’amour d’Otsu répond à l’esprit vengeur d’Obaba. La fuite dans les plaisirs Yoshioka Seijūrō est à l’opposé du regret du plaisir de Sasaki Kojiro. La quête de simplicité de Mikkan est l’envers de la recherche de raffinement de Yagyū Sekishūsai. La fainéantise de Matahachi est le pendant de l’ascèse de Takezo. Tout au long de cette épopée, un savant tissage de destinées esquisse une fresque qui nous rappelle les Misérables de Victor Hugo avec la question qui revient pour chacun : que faire de nos qualités compte tenu de nos conditions historiques, sociales, spirituelles, etc. ?

La force du roman vient de ce que l’intention épique de l’auteur rencontre un sujet à sa hauteur. Musashi incarne un effort prométhéen. Au début, il est en effet un être méprisable par sa brutalité et son ignorance, toutes deux racines de son arrogance. Sa prise de conscience de l’enfer qu’il crée constitue le pivot de l’histoire, point nodal qui survient au terme du récit quand il devient le Musashi, le nom qu’il s’est fait par le sabre. Enfin, il peut dire sans honte et sans tache qu’il est homme de sabre et véritablement homme et non un démon de plus possédé par une lame assoiffée de sang. Il rejoint alors l’Idiot de Dostoïevski qui ne sait dire que la vérité. A ce moment, il lui reste le choix du départir.

Eiji Yoshikawa a réussi le tour de force d’assembler une épopée autour d’un personnage épique, Miyamoto Musashi.

*1ère partie et 2e partie

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