Manier le sabre avec un seul bras est une pensée profonde

Nguyen Thanh Thien : Cher Kajiya soke, cher Grand-maître, qu’est-ce que Hyoho Niten Ichi Ryu?

Kajiya Takanori soke : Hyoho Niten Ichi Ryu est une école d’arts martiaux fondée par le fameux samouraï Miyamoto Musashi il y a environ 400 ans. Cette école est un Hyoho (Voie de stratégie / voie de réalisation spirituelle) qui fait un plein emploi du corps avec une arme, le sabre japonais dans notre école. Le Gorin no Sho, Livre des Cinq Anneaux, de Miyamoto Musashi est un traité d’art martial, logique et clair. Il constitue son héritage écrit.
Dans le keiko (exercice), nous pratiquons le kata (mouvements formels répétés dans un ordre prédéfini). Il y a des katas avec un sabre (Itto seiho), le sabre court(Kodachi seiho), les deux sabres (Nito seiho), le grand bâton (Bo  seiho), le brise-lame (Jitte seiho), etc. Grâce au keiko, il est enseigné que l’on peut atteindre un état qui permet de surmonter n’importe quelle situation.

Nguyen Thanh Thien : Qu’est-ce que le kenjutsu (technique du sabre) ?

Kajiya Takanori soke : Le kenjutsu est un composant des arts martiaux japonais qui comprennent de nombreux autres arts. Le sabre japonais est classé comme l’arme japonaise la plus éminente et il est l’un des Jingi (les trésors sacrés). La personne qui maîtrise le sabre japonais est réellement considéré comme Heiho-sha (heiho est une autre prononciation pour hyoho, Heiho-sha signifie « génie de la Voie du Guerrier »).
Il est dit que l’aïkido est issu des mouvements du kenjutsu.
En kenjutsu, il n’y a pas de jeu ni de compétition. Nous apprenons et nous formons par le kata. Nous pratiquons le kata maintes fois et, ce faisant, nous portons la plus grande attention à travailler notre esprit et notre corps ; nous nous efforçons de développer un ki puissant (énergie).

Nguyen Thanh Thien : Qui est Miyamoto Musashi ?

Kajiya Takanori soke : Au Japon, Miyamoto Musashi est connu comme le plus fort et le plus grand sabreur. Il était un génie à la fois en littérature et dans le champs des arts martiaux. Il a remporté plus de 60 véritables combats et a légué à la culture japonaise un certain nombre de trésors nationaux, principalement des peintures et des calligraphies.
Miyamoto Musashi est le fondateur de notre Hyoho Niten Ichi Ryu.

Nguyen Thanh Thien : Qui est le Grand-maître de la Hyoho Niten Ichi Ryu ?

Kajiya Takanori soke : Le titre et la fonction de soke, Grand-maître, de Hyoho Niten Ichi Ryu sont héritées de génération en génération depuis Miyamoto Musashi. J’ai été nommé le douzième soke par Iwami soke. Le premier devoir du Grand-maître de la Hyoho Niten Ichi Ryu est de transmettre à la génération suivante ce qui a été reçu par les Grand-maîtres successifs. Le Grand-maître doit incarner la compétence et le cœur de l’école. Et, pour le plus grand bienfait du peuple, il doit en informer largement.

Nguyen Thanh Thien : Comment êtes-vous devenu le Grand-maître de cette ancienne école ?

Kajiya Takanori soke : Auparavant, j’habitais dans la banlieue de Tokyo et je m’entraînais dans l’art du Itto Ryu kenjutsu. À cette époque, j’avais appris qu’une personne vivant dans le quartier avait appris le kenjutsu de la Niten Ichi Ryu auprès de Aoki Soke, Grand-maître de la huitième génération, et j’en ai profité pour débuter la pratique du Niten Ichi Ryu.
J’avais ouï dire que Imai soke, 10e Grand-maître, vivait à Oita, Kyushu.
Quand je me suis installé dans la région, j’ai immédiatement contacté Imai soke afin de participer au keiko.
Iwami sensei est devenu le 11ème soke peu de temps après.
Quant à moi, je n’avais aucune intention de devenir un Grand-maître. Je pense que la première raison pour laquelle j’ai été fait Grand-maître est que je me suis entraîné au keiko régulièrement.

Nguyen Thanh Thien : Quel est votre parcours ?

Kajiya Takanori soke : J’ai étudié Itto Ryu kenjutsu, iai, shuriken et aussi le jujutsu.

Nguyen Thanh Thien : Qu’est-ce que la tradition japonaise ? Avez-vous étudié d’autres traditions japonaises ?

Kajiya Takanori soke : Les traditions japonaises comportent entre autres la cérémonie du thé, l’arrangement floral, la danse, l’art de la céramique, les multiples arts martiaux, l’art culinaire, etc.
J’ai appris la cérémonie du thé parallèlement aux arts martiaux. J’ai étudié l’Ogasawara koryu (tradition/vieille école) de cérémonie du thé, transmise au sein du clan féodal de Kokura. J’ai entrepris cette étude dans l’idée que Musashi sensei avait dû l’étudier.

Nguyen Thanh Thien : C’est votre première fois au Chili et en Amérique du Sud. Est-ce une évolution moderne ou pensez-vous qu’il est dans l’esprit de Musashi d’enseigner au Chili et en Amérique du Sud ?

Kajiya Takanori soke : Si le peuple du Chili connaît Musashi sensei et s’il souhaite étudier sa Voie, alors les conditions de ma venue au Chili pour enseigner sont réalisées. Je suis honoré de présenter ma tradition japonaise au Chili et en Amérique du Sud. J’ai été invité par les sensei chiliens que je remercie pour cette excellente occasion de rencontrer de nouveaux étudiants, de découvrir un nouveau pays et sa riche culture. Il est en effet une chose très moderne que d’entrer en relation par internet, mais nous finissons toujours par nous rencontrer dans un dojo, ce qui est une manière très traditionnelle de connaître quelqu’un. Je crois que, si un excellent ami pratique le sabre de l’autre côté de la terre, il peut grandement bénéficier d’écouter l’âme enseignante de Musashi sensei, afin qu’elle le guide à travers les arts martiaux. Voilà le but de ma venue au Chili et en Amérique du Sud. Je m’engage à transmettre le cœur de Musashi et son sabre, sans retenue et sans dévier de la voie japonaise authentique. Je souhaite rencontrer l’énergie des étudiants chiliens et guider leur corps et l’esprit dans le hyoho de Musashi.

Nguyen Thanh Thien : Quel est l’esprit de Musashi ? Comment est son sabre ? Quelle est la particularité de l’art du sabre de Musashi ?

Kajiya Takanori soke : Nous devons nous former avec grand soin. Le keiko de mille jours se nomme Tan, et le keiko de dix mille jours, c’est Ren.
Il est important que, demain, je puisse vaincre le moi de l’avant-veille.
Personne ne peut devenir accompli en ayant uniquement lu un texte.
Une caractéristique de l’art du sabre de la Hyoho Niten Ichi Ryu est l’usage simultané des deux sabres, le grand, tachi, et le petit, kodachi. Il est une pensée profonde que d’employer toutes les armes dont nous disposons ainsi que d’assumer une situation où nous pouvons avoir à manier un sabre avec un seul bras. C’est une pensée vaste que de combattre jusqu’au bout en prenant en compte toutes les limitations.

Nguyen Thanh Thien : Pourquoi est-ce important de pratiquer ? Aujourd’hui, on se tourne vers les ordinateurs, les machines, l’externalisation des taches. Pourquoi former son propre corps et son esprit, soi-même, avec un sabre ou deux sabres ?

Kajiya Takanori soke : Nous sommes un corps, un esprit et une âme. Chaque partie doit croître. Notre corps ne peut pas y parvenir hors du keiko. Un effort quotidien est essentiel en tout.
La raison pour laquelle nous pratiquons deux épées est de mouvoir librement le sabre avec un seul bras.
Cette capacité nous prépare à répondre à une situation qui ne peut pas être contrôlée avec un sabre manié par deux bras.

Nguyen Thanh Thien : Depuis 2005, vous avez beaucoup voyagé à l’étranger pour enseigner le sabre de Musashi. Quelles réflexions ces expériences vous ont-elles apportées ?

Kajiya Takanori soke : Enseigner à l’étranger signifie toucher différentes cultures et être touché par elles en retour. Je ressens de la joie que l’enseignement de Musashi sensei soit accueilli dans de nombreux pays et je ressens un grand plaisir dans la rencontre avec de nouveaux amis. Dans cet état d’esprit, je suis très heureux de ma première découverte de Chili.

Nguyen Thanh Thien : Quand on enseigne, qu’est-ce qui est le plus important ? Lorsque les élèves apprennent, qu’est-ce qui est le plus important ?

Kajiya Takanori soke : Pour les enseignants, il faut penser attentivement à élaborer des méthodes pour améliorer leurs élèves, car les deshis, élèves, sont différents, chacun d’entre eux. Ils doivent enseigner comment travailler le corps et employer l’esprit. Il est aussi très important de fortifier le ki, l’énergie.
Pour les deshis, il est important d’exécuter ce qui a été conseillé par leur professeur, docilement, avec obéissance.
Chaque jour, le deshi corrige son corps et son esprit.

Nguyen Thanh Thien : Pourquoi est le sabre et l’esprit de Musashi sont importants pour notre génération, au Japon et au Chili ?

Kajiya Takanori soke : Il importe de se connaître. Il est non seulement important de se connaître mais il est également de notre devoir en tant qu’être humain d’accomplir le but de la vie.
Le keiko, comme moyen d’atteindre une meilleure connaissance de soi-même, crée un raccourci vers une vie meilleure. Cela est vrai au Japon. Cela est vrai de la même manière au Chili. Cela est vrai partout où un être humain se tient debout.

Interview et traduction de Nguyen Thanh Thien © 2014

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