Le Parti Narcisse, Dokkodo 3.4, Miyamoto Musashi

よろすに依枯の心なし

« Être impartial en tout. » Dokkodo 3, Miyamoto Musashi

L’élève parcourt sa propre voie. La compréhension du tout lui échappe et cependant, il peut aspirer à une impartialité s’il comprend la nature de la Voie de l’élève.

Il est astreint à parcourir le chemin tracé par son maître, pour que chapitre après chapitre, passant de station en station comme autant de passions, il achève son tour du métier et revienne à son départ, neuf d’une compréhension nouvelle. A tout instant, il regarde au-devant et pose son regard sur ce qu’il ne sait encore. Face à l’inattendu, il se tait et répond par son effort, encadré par l’exercice, sous la férule du maître. Il prend en compte le tout de l’exercice, ne rejetant ni le physique, ni le psychique, ni le spirituel. Sans discriminer, il porte son attention sur ce qui fonctionne ensemble et le préserve dans cet état. Il se défend d’analyser et de disséquer ce qui vit d’une cohésion bouillonnante.

L’élève s’abstient de porter sa préférence vers un aspect, vers une tonalité, vers une arme particulière. Il s’abandonne à l’exercice pour ce que, répété et régulier, il produise sur lui son effet. Ainsi, il résiste à la tentation d’échanger un outil de transformation contre un savoir à accumuler. Il passe par l’un pour accéder à l’autre, sans renoncer à aucun, cela en préservant l’unité de l’exercice.

L’élève préserve son impartialité en ne comparant pas et, ce faisant, il saisit le tout de sa leçon et évite de s’attacher à la partie et donc à un parti. Afin d’y parvenir, il a pris grand soin dans le choix de la discipline, de l’école et du maître afin qu’une fois le chemin entamé, il puisse y consacrer toute sa force et sa volonté, sans dévier, sans lorgner vers les autres chemins, croyant qu’ailleurs, l’herbe serait plus verte. On ne peut escalader deux montagnes en même temps. A égarer son attention vers d’autres cimes, il manquerait à la sureté de son pas et chuterait inévitablement. Un maître m’avait dit que « la tradition japonaise est de ne pas comparer. » Je comprends cela comme une mise ne garde contre un esprit vétilleux qui ne saurait se défendre contre les duretés de la Voie.

L’élève est amené à se protéger de la blessure mais trop rapidement, celle-ci se révèle narcissique. Il souffre de son image d’élève, inabouti à lui-même. A cet instant, il prend son propre parti et travestit la rigueur de l’exercice, se découvrant une préférence, sondant les faiblesses de son enseignant, explorant les impasses de sa discipline. Si l’élève désire plonger dans le fleuve qui charrie les générations de maîtres, il doit souffrir les blessures égotiques pour comprendre que la première chose qu’il partage, est qu’il faillit souvent et sans doute trop, et que cela, il le partage avec la communauté des hommes et donc des maîtres.

Alors le tout de l’élève devant lequel celui-ci doit se montrer impartial est certainement l’instant de l’effort. Immergé dans l’âpre difficulté de l’exercice, il doit affermir sa volonté et maintenir sa conduite unifiée et tendue vers la fin du jour, ce moment où, enfin, il peut dire : « C’est assez pour aujourd’hui ».

Lire plus : Le Dokkodo de Musashi

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