Le sel de la Voie, Dokkodo 2.2, Musashi

身にたのしみをたくま

« Éviter de rechercher les plaisirs du corps. » Dokkodo 2, Miyamoto Musashi

Musashi écrit à la phrase précédente : « Ne pas … » et commence la ligne suivante par « Éviter … » Je comprends qu’il y a un degré différent d’évitement entre les deux injonctions.

Éviter signifie pouvoir ou devoir faire sous certaines conditions, exemple : éviter de manger entre les repas. Cela n’implique pas une défense totale de manger entre les repas.

Je saisis de cette différenciation une reconnaissance des plaisirs du corps comme intérêt légitime d’autant plus qu’un bonne pratique est souvent validée par un plaisir du corps. Toutefois, le pratiquant doit dépasser la sphère des sensations comme indice de progrès pour tendre vers la compréhension des principes. Les plaisirs sont alors une étape nécessaire mais non la destination.

Ils nourrissent notre vitalité, notre enthousiasme et notre ouverture à l’autre et au monde. Ils nous ouvrent aussi à nous-mêmes. Ils sont l’encens qui s’élève d’un geste bien fait, d’une attitude correcte, d’un esprit bien tourné. Lorsque je m’exerce, il me semble « prier sur un tapis de chair. »*

Ils ouvrent les pores de notre sensibilité et affinent notre perception. Il nous faut cependant faire attention à ne pas gâter notre goût et nourrir notre palais de saveurs variées. A s’adonner à trop de douceurs, nous rechercherions le doucereux et rétrécirions notre horizon sensoriel.

Ils exercent notre intelligence corporelle et nous devons veiller à ne pas la limiter. Nous pouvons aussi goûter à la fatigue, à la peur, à la difficulté, à l’échec, à l’amertume, à la colère, tout ce qui fait que nous sommes hommes et partageons en humains.

Ils sont le signe que notre art s’incline devant la force de vie, qu’il croît de la jouissance du corps, qu’il s’aiguise de la douleur de l’effort. Musashi ne peut enjoindre de les éviter. S’il sont le sel de l’exercice, le sel ne fait pas tout le goût. Il recommande simplement de ne pas en faire nos maîtres ni une recherche.

Lire plus : Le Dokkodo de Musashi

* J’emprunte cette expression à l’œuvre de Li-Yu « Jeou p’ou t’ouan ou la chair comme tapis de prière », en en changeant le sens.

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