La recherche de plaisirs, Dokkodo 2, Musashi

身にたのしみをたくま

« Éviter de rechercher les plaisirs du corps. » Dokkodo 2, Miyamoto Musashi

Miyamoto Musashi a écrit ce texte pour un public de samouraï, voire d’élèves, des individus engagés dans la Voie du Sabre. Ces personnes sont sensées avoir parcouru une voie âpre, avoir surmonté des épreuves, avoir traversé maintes ascèses. Elles ont discipliné leur corps et leur esprit afin d’en faire des instruments et des moyens. Ni le corps ni l’esprit ne sont les buts de leur démarche. Leur extrême volonté exercée sur la durée a permis que leur étude devienne une discipline.

Musashi ne nie pas la recherche des plaisirs du corps. Elle constitue un axe majeur de l’activité humaine, un des buts légitimes de la vie. Un de ses textes fondateurs est le Kama Sutra, le discours sur le désir et sa satisfaction. Cette recherche comporte ses propres exigences et ascèses. Elle n’est  pas une simple incitation à une libido débridée.

La Voie du Sabre répond à un autre but de l’homme, à savoir la Voie du pouvoir, sur soi, sur son corps et son esprit, et sur autrui. Un de ses textes fondateurs est l’Arthasastra Véda, le discours sur le pouvoir et son usage. Le guerrier, kshatriya en sanscrit, est destiné à la maîtrise des ses moyens afin d’exercer le pouvoir et son acmé, la royauté.

Le samouraï ne peut efficacement s’engager dans ces deux voies à la fois. Il doit choisir  et, bien sûr, rester samouraï, s’il a débuté comme tel. La tentation est certes grande lorsque, avec la maîtrise de son corps, en tendant la main, il peut  atteindre aux sommets du plaisir. Faisant ce choix, il transformerait le moyen en but et, en place d’avancer vers une plus haute maîtrise de sa voie, il ne ferait que se coucher devant une idole bien grossière. Je prends plaisir à la pensée suivante :

« Jésus a dit : Heureux le lion que l’homme mangera : le lion deviendra homme. Maudit l’homme que le lion mangera : l’homme deviendra lion. »

L’ÉVANGILE SELON THOMAS (NH II, 2, Logion 7. (1))
Traduction de Jean-Marie Sevrin

Musashi ne dit pas qu’il faille « éviter les plaisirs du corps. » Il conseille de se détourner d’une recherche de ces contentements éphémères. Les plaisirs sont une réalité du corps que le samouraï doit connaître afin de les maîtriser. La maîtrise ne passe jamais par l’ignorance de son objet. Encore une fois, je m’autorise ce plaisir de l’esprit que d’emprunter une pensée à un autre :

« Ne crains la chair ni ne l’aime. Si tu la crains, elle te dominera ; si tu l’aimes, elle <t’>engloutira et t’étouffera. »

L’ÉVANGILE SELON PHILIPPE (NH II, 3, 62)
Traduction de Louis Painchaud

Le Dokkodo de Musashi

Publicités

Une réflexion sur “La recherche de plaisirs, Dokkodo 2, Musashi

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s