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La disparition du buffle, Dokkodo 3.3, Miyamoto Musashi

よろすに依枯の心なし

« Être impartial en tout. » Dokkodo 3, Miyamoto Musashi

Être impartial est une condition pour que notre sabre soit libre.

Notre sabre sera libre si nous nous affranchissons de notre ignorance. Celle-ci cessera par l’accès à la maîtrise. S’efforçant à l’impartialité, l’élève suit le cours de la leçon du maître, pas à pas dans les pas du maître, quand ce dernier dispose dans l’instant d’un accès à la somme de son savoir. Être impartial est alors la possibilité de disposer sans a priori et dans l’immédiat de tous les choix possibles, une totalité qui n’est que la vue dégagée du sommet de la maîtrise, sans qu’un obstacle gêne notre regard sur la connaissance accumulée par les générations de maîtres.

Notre sabre sera libre si nous harmonisons notre personne au point de ne rien préférer des options qui s’ouvrent à nous. Nos actions sont alors le reflet de notre disposition intérieure, optant librement pour une orientation ou une autre. Je comprends ainsi que le maître est le miroir pour l’élève. Le maître ne choisit plus, il répond sans délai à la situation au point d’en devenir le reflet.

Enfin, notre sabre sera libre de l’attente de l’adversaire en devenant impartial. N’exprimant aucune préférence, n’étant plus limité par des choix personnelles, reflétant les circonstances avec équanimité, nous manions le sabre sans nous fixer sur notre vis-à-vis, ni sur son regard, ni sur la pointe du sabre, ni sur son attitude. Il faut réagir et agir selon le tout de la situation, en ne rejetant rien, en ne penchant vers aucune solution par avance. Cependant, saisir le tout ne suffit pas car nous aurions alors à nous disperser et à diluer notre attention. Prendre en compte le tout se comprend en laissant aller librement l’esprit comme le buffle sauvage, qui, une fois dressé, vaque librement sans saccager les prés et les champs. Le sabre atteint ainsi à l’imprévisibilité et donc est libre de toute expectative. Vouloir un sabre imprévisible est avantageux mais il reste encore faible car il se maintient dans le champ de perception de l’adversaire ou plutôt tient à y échapper. Musashi préfère le sabre impartial, celui qui est sans attache, libre même de l’imprévisibilité.

Nous n’avons pas peur

Je fais actuellement un cycle de conférences sur le thème « Art du sabre, paix intérieure, paix civile ». Je l’ai vécu comme une nécessité. Il me fallait dire publiquement que les arts martiaux par leur étude de la force et de son juste emploi s’oppose fondamentalement aux abus de violence, aux faux prétextes pour faire régner la terreur, pour se repaître de la crainte d’autrui.

L’attentat de Manchester hier fait suite aux attaques ici en France, mais aussi ailleurs en Europe et bien plus partout où des hommes désirent un pouvoir gorgé de sang.

Les arts martiaux ont conduit le Bouddha à comprendre la libération comme on sort d’une immobilisation, d’une contrainte faite à notre condition par notre ignorance même. Le karma est une leçon de guerrier qui énonce que nous devons vivre les conséquences de notre action comme autant d’ondes sur la surface de l’eau. Celui qui se plaît à la douleur d’autrui s’enchaîne aux liens de la douleur. Croyant s’en faire le maître, pensant servir la Cause des causes, il ne fait que s’aplatir devant son idole.

J’ai persévéré dans ce cycle de la parole sur les arts martiaux, soutenu par un public régulier et attaché au mieux-comprendre pour le mieux-vivre. J’espère faire ma part pour éteindre cette immonde incendie.

Le sabre enseigne ceci : « Nous n’avons pas peur. »

Après avoir introduit le sujet, j’aborde ensuite le 1er thème : Apprendre par le corps

Toujours aller de l’avant

Comme cette rivière, puissé-je toujours aller de l’avant comme cette rivière. Ainsi parle Maître Kong. Ce jour-là, j’invitais mes élèves à pousser le souffle comme cette eau qui coure. Ce n’est pas le travail habituel. Dans notre école, l’enseignement s’adapte aux élèves, aux circonstances, au jour.