Nous rendre à nous-mêmes

Il faut trouver dans la possibilité de sortir du conflit une manière de nous rendre à nous-mêmes.

Nous devons chercher par la technique une manière de nous humaniser.

Publicités

Qu’étudiez-vous chaque jour ?

Dans le peu qu’on lui donne, l’élève doit chercher le reste car on lui dévoile dès le premier cours l’essentiel. Il n’y a plus alors de place pour la plainte, l’insatisfaction, le retour en magasin. L’élève doit se contenter de peu car ce peu est fait de l’essentiel. Avec sagacité, il peut à ce moment reconnaître dans le fruit la promesse de l’arbre.

J’ai toujours été reconnaissant à mes maîtres pour le peu qu’il me donnaient. Parfois, ils me donnaient plus mais comme j’avais peu de temps pour tout étudier, je revenais rapidement à l’élémentaire, à la graine que j’examinais avant d’aborder la plante. La plante était pour moi du domaine de l’application, la graine celui de l’étude fondamentale.

Dans mon école de sabre, je reviens à Sassen. Ce fut la réponse à la question que posa Maître Ricard Pous-Cuberes à un maître de 80 ans : « Qu’étudiez-vous chaque jour ? » Le vieux maître de murmurer : « Sassen. »

Me contentant de peu, je suis plein de gratitude. Je n’ai pas besoin de calomnier les maîtres, les enseignants de seconde génération, les intermédiaires multiples. J’ai reçu un peu, un rien, juste le nécessaire. J’ai goûté au « Cela n’étant pas, ceci n’est pas. » Je n’ai pas besoin d’aller jusqu’à la condition suffisante : « Cela étant, ceci est. »

Je crois que le chemin vers la maîtrise passe par le nécessaire. Le chemin du consommateur, ce choix qui n’est pas le mien, réclame le suffisant, la recette miracle, l’imposition de main du maître charismatique. Pour moi, sur mon chemin, rien ne garantit que la leçon soit comprise, entendue, clairement perçue. À celle ou celui qui suit cette voie, il ne reste que le cheminement, l’effort de l’ascension, la possibilité d’une chute. Cependant, si j’agis ainsi, c’est parce que mes maîtres ont parcouru cette manière avant moi et qu’ils ont témoigné qu’elle mène à bon port, et puis parce que je ne suis pas consommateur, que je suis étudiant, que je tends vers les hauteurs.

Je vais vers l’exigence et je fuis la réclame.

Ligne H : pas de trafic 30/09 et 1/10

Durant le week-end du 30 septembre et 1er octobre, la ligne H sera fermée entre Paris Nord et Sarcelles/Saint-Brice en raison de travaux d’accessibilité en gare d’Épinay-Villetaneuse. Un bus de substitution assurera le trajet entre la Gare du Nord et notre ville (qui engendrera un rallongement de parcours de 25 minutes). Pour rejoindre Paris, les usagers peuvent aussi prendre un autre bus de substitution en direction de la gare de Garges Sarcelles pour prendre le RER D.

Do contre jo, jo avec do

Dans « dojo », il y a une contradiction qu’il faut dépasser, do voie et jo maison, entre manière éphémère d’un maître et style persistant d’une école. Il se crée alors une dialecte féconde entre ces opposés, un dépassement incessant devant la limite, un retour sans fin vers l’origine.

Écouter avec une attention première

Quand le maître raconte une histoire, cette histoire dit quelque chose du moment,  de la difficulté de l’élève à ce moment, … et donc j’étais attentif à ce qui faisait que l’histoire à ce moment du cours était nécessaire. Tout d’un coup, le maître ne racontait pas l’histoire pour la 10e fois mais pour la première fois.

extrait de la conférence

Du salut

Le salut tranche dans le temps, dans notre attention à ce qui passe, créant l’avant et l’après, déterminant le préalable et le consécutif. Il ouvre une séquence où l’on vit l’exigence, préparant à ce qui suit le conflit.

Je suis Shinmen Musashi…

J’étudie l’enseignement d’Iwami soke (11e Grand-Maître) mon maître, comme lui-même étudiait la leçon du sien. Dans cette vidéo, vous pouvez nous voir face à face. Il y a aussi Kajiya soke (12e Grand-Maître). Cependant, je n’ai eu qu’un seul maître même si je dois dire qu’Imaï soke (10e Grand-Maître) m’a donné quelques leçons. Il était important pour lui que je puisse dire que j’ai été son élève aussi. Il m’avait invité au Japon après m’avoir examiné lors d’une rencontre à l’étranger.

Mon enseignement aujourd’hui est fondé sur les nombreux cours que j’ai reçus d’Imaï soke et d’Iwami soke. Comme le disait Maître Suzuki, le Maître de Thé de mon amie Madame Obha : « J’enseigne ce qui n’est pas confié aux livres. »

Le sabre comme accès au Monde

Par les voies et par les chemins, par l’itinéraire choisi, le geste et à sa suite, le sabre, ouvrent un accès au Monde, un réseau de routes. Par l’estoc, la taille et l’entaille, le sabre esquisse tant de sentes qu’il finit par dessiner une carte du Monde, sa représentation. Le geste devient à ce moment une source de connaissances. Il crée une manière d’intelligence qui serait ancienne, antérieure au symbole et au concept. Il accoucherait d’un actecept.

Retour au dojo

20170713_093235Photographie de Corine B. ©2017

La rentrée des classes est un moment dont nous gardons tous des souvenirs. Regrets d’un temps estival où les courses nous entraînaient à travers bois et prés, quand les goûters marquaient l’arrivée d’une soirée s’ouvrant sur une nuit pleine de nouveaux mystères, lorsque la discipline des vacances exige de nous de n’avoir gâché aucune heure, les sentiments, qui nous tiennent dès septembre venu, sont bien ceux d’une nostalgie sur un temps suspendu, entre deux quotidiens qui bordent et restreignent l’émerveillement, ce commencement magnifique qui ouvre la leçon.

Septembre est aussi celui d’un retour à la classe, de retrouvailles en série de camarades et d’enseignants. Pour l’adulte, il est ce moment quand, en fin de journée, nos pas prennent le chemin du dojo et que notre attitude se redresse. La leçon du maître revit au moment où la discipline revient, lorsque l’élève noue sa ceinture et affermit sa détermination. Au loin, à son retour du Kaze no Tani Kan, la Maison de la Vallée des Vents,  il revit le grand air des sommets qu’il a côtoyés, le vent qui balayait les vagues des lacs, l’ombre bienvenue des pins quand le soleil se fait trop intense. Pour un enseignement plus avancé, certains ont accompli les stages de perfectionnement au Unjo An, l’Ermitage au-dessus des Nuages, dans une concentration et un calme qui renforcent l’unité dans l’action. Plein de cette énergie amassée aux flancs des montagnes et fort d’un retour vers une plus grande intériorité, pour chacune de nos deux disciplines, Hyoho Niten Ichi Ryu, le kenjutsu de Musashi, et le Ringenkaï Aïkido,  l’élève se présente au dojo en septembre d’un allant renforcé pour une saison nouvelle.

Cette année, nous avançons. Cette progression est à la fois chemin et manière, celle de notre école, nôtre particulièrement. Elle est tao, do en japonais, littéralement voie et manière. Le sabre, chez nous, marche de pair avec la main nue, la ligne droite se prolongeant dans la courbe, main dans la main. Au programme de l’année, j’aperçois une attention aux équilibres, aux fondamentaux, à ces exigences qui libèrent notre énergie. Plus encore, plus loin, je déroule le rouleau de la leçon, celle de mes maîtres, Iwami Toshio soke et Noro Masamichi senseï. A chaque détail, je retrouve la technique du maître accolée à sa manière, l’une fondant l’autre. En tant que leur élève, je me remémore et je transmets. En tant qu’enseignant, j’enseigne et je me souviens.

Avec plaisir, nous nous retrouverons très bientôt.